travail et salariat

Critiquer la société capitaliste, c’est bien, réclamer un autre monde possible, c’est légitime, mais tout cela restera incantatoire si nous ne disons pas ce que cet autre monde sera.


Pour un parti communiste plus radical, plus vivant et plus proche du peuple

mardi 22 janvier 2013

C’est à l’occasion de l’assemblée générale du parti "Les communistes", essentiellement implanté à Genève, que nous avons proposé le texte ci-dessous. Nous étions loin de penser que le tout allait tourner à une bouffonnerie. Un des signataires, Christian T., qui proposait sa candidature de membre a eu l’audace de signer le texte sans être encore membre. Il l’a fait pour montrer clairement sur quelle ligne il adhérait. Cela déclancha l’ire de certains orthodoxes qui s’opposèrent à son adhésion. Le vote donna 6 non, 5 oui et 3 abstentions.
Ce ne serait qu’une anecdote si cela ne montrait pas jusqu’à quel point de dégénérescence une partie de la gauche se prétendant radicale a sombré.

La situation internationale est la plus instable qu’a connu le monde depuis 1989. Les soubresauts de l’impérialisme yankee décadent ne cessent de déchirer la plus grande partie du monde. En Afrique, de sanglants conflits règnent depuis plus de 20 ans, nés de la désagrégation d’Etats postcoloniaux et de la lutte d’influence des puissances impérialistes régionales et internationales. Les proches et moyen Orients sont atomisés par la réorganisation des pouvoirs régionaux, les peuples écrasés sous les bombes qui de l’OTAN, qui de ses alliés. L’Asie voit la réémergence de la Russie et celle de la Chine. En pleine ascension, ces deux puissances luttent contre un encerclement progressif de l’OTAN et de ses alliés locaux. L’Amérique latine a enfin relevé la tête et fait front face aux Etats-Unis, mais le risque d’aventurisme de la part de ces derniers reste grand. Les déstabilisations et autres manipulations « colorées » continuent de voir le jour sur plusieurs continents, et la propagande guerrière fait florès.

L’Europe est en pleine crise économique, politique, sociale : les politiques d’austérité sont imposées par une oligarchie qui parfois se cache (mal) derrière ses valets socio-démocrates. Le caractère antidémocratique de l’Union européenne est une évidence, même pour ses défenseurs acharnés et l’abstentionnisme électoral est massif. Tous les pouvoirs politiques (et militaires) se préparent à un approfondissement de la crise. Parallèlement à l’explosion du chômage, la paupérisation atteint de très larges pans de la population, phénomène agravé par le fait que la crise de la finance empêche désormais toute compensation par une augmentation de la dette individuelle. Cette baisse considérable du pouvoir d’achat, ajouté à une crise sans précédent des institutions politiques, est une brèche ouverte dans les démocraties bourgeoises occidentales.

La question est de savoir si nous saurons profiter de cette occasion historique pour renforcer la démocratie populaire en socialisant l’ensemble des activités ayant trait au Bien commun, ou si nous laisserons passer cette chance et nous retrouverons dominés par une dictature. Laquelle ne manquera pas de marquer l’histoire par de nouvelles barbaries.

Nous, communistes genevois, avons le devoir de saisir l’occasion qui se présente : si la Suisse demeure un îlot économiquement florissant au cœur de l’Europe austéritaire, elle est aussi un véritable enfer pour ses nombreux travailleurs pauvres et ses chômeurs. Le pouvoir d’achat diminue et un nombre croissant de travailleurs se retrouve sans convention collective de travail, tandis que les droits sociaux sont progressivement attaqués et démantelés.

La domination de la droite la plus réactionnaire s’accompagne d’un effondrement idéologique des socialistes désormais de facto ralliés au libéralisme économique.

Rappelons-nous que notre pays est déjà doté des outils que souhaitent imposer à l’Europe les austéritaires : assurance-maladie privatisée et profondément injuste, retraites tardives et largement financées par capitalisation, règle d’or budgétaire pour limiter les dépenses et les investissements publics, cadeaux fiscaux massifs pour les riches et pour les multinationales.

Actuellement, les changements en matière de fiscalité européenne (le secteur financier pourrait fondre de moitié de 12 à 6%), la crise en matière financière (les investissements sont de l’ordre de 20% mais ont tendance à se diriger vers les produits financiers) ainsi que les difficultés de l’industrie d’exportation changent foncièrement la situation de l’économie helvétique. Les rentrées fiscales diminuent, ce qui menace le financement des services à la population. Nous le voyons bien à Genève avec les attaques frontales de la droite sur le budget et les services publics.

Le mode de production capitaliste classique est dépassé par une financiarisation qui a rendu encore plus perverse la domination du capital. Elle vampirise littéralement notre société et s’insère dans l’esprit de millions de femmes et d’hommes. Concrètement, de moyen d’extorsion de plus-value sur la force du travail, l’entreprise capitaliste s’est transformée en pur profit financier basé sur la spéculation. Le travail salarié est désormais plus un coût qu’une source de plus-value !

Nous devons réexaminer nos « classiques » marxistes à la lumière de ce changement de paradigme. Non seulement pour le comprendre mais surtout pour se donner les moyens de briser la domination de la classe capitaliste. Les travailleurs doivent savoir qu’il existe une alternative à l’exploitation, que leurs vies ne sont pas une « charge » mais sont le bien le plus précieux !

Cette nécessité d’une réflexion politique de fond doit s’imposer au sein de notre parti. Cela fait bien trop longtemps que nous avançons à tâtons sans suffisamment percevoir les enjeux politiques et économiques actuels et les attentes du peuple. Il s’agit de se donner les armes théoriques pour agir concrètement sur le terrain de la lutte de classe. Nous proposons donc que notre parti participe activement à la réflexion menée par nos camarades Christian Tirefort et Laurent Tettamanti qui, pour y voir plus clair ont produit un manifeste avec quelques autres camarades et activistes de la gauche genevoise. Il pourrait s’agir par exemple d’une discussion sur un thème donné à raison d’une séance tous les 15 jours.
La question est de savoir où notre parti est le plus utile au courant communiste et au rassemblement de la gauche radicale.

L’absence de toute force visible à gauche du PS est un pur scandale, tant à Genève qu’à Berne. Il est de notre devoir de porter haut la voix des sans-voix : il faut reconquérir l’espace médiatique et politique ; pour cela nous devons d’une part nous doter d’une structure militante capable de peser et donc mener des actions publiques portant notre point de vue vers le plus grand nombre, d’autre part mener un large rassemblement des forces politiques de la gauche radicale genevoise.

Si l’émiettement électoral est une réalité, il ne doit cependant pas être prétexte à un rassemblement formel sans autre ambition que de passer d’une élection à une autre, comme cela s’est fait trop souvent. Actuellement le PDT et solidaritéS, ainsi que les petites organisations ponctuelles (ou pas) comme le DAL ou la Gauche anticapitaliste luttent avec acharnement pour limiter leurs influences réciproques. Seuls les communistes ont entamé ces 6 dernières années un rapprochement avec eux et entre eux. L’échec fut presque total et aujourd’hui ils ne communiquent toujours que très difficilement entre eux. Nous pensons qu’il reste de notre devoir de les rassembler, mais comment ? En nous renforçant !

Une union avec le PDT est sans doute souhaitable mais celle-ci doit être un moyen de tirer l’ensemble des forces et individualités vers l’unité. Or, la politique du PDT depuis 6 ans est entièrement tournée vers un isolement progressif ; son discours marxisant – voire marxiste-léniniste – cache un solide dogmatisme et un réformisme latent. Ce ne serait pas un problème fondamental si le PDT ne passait pas son existence à tirer à boulets rouges contre ses partenaires naturels. Et s’il faisait preuve de conséquence en choisissant entre sa ligne cantonale (d’isolement) et nationale (de rassemblement). Il n’a également pas fait preuve de sa volonté de dépasser les causes des échecs antérieurs.

Dans la tactique actuelle de négociations –qui nous mènent à un rapprochement quasi organique avec le PDT- aucune condition politique et objectif concret n’ont été posés.

En fait, nous ne faisons que nous appuyer sur la bonne volonté des uns et des autres ; or en politique ce n’est pas la bonne volonté qui compte mais le rapport de forces. Seule une organisation communiste forte et énergique peut faire évoluer le PDT, et garantir le respect d’éventuels accords. Sinon, il ne s’agit de facto que d’un simple ralliement.

Un rassemblement des forces politiques à gauche du PS et des Verts est nécessaire. Il faut en discuter la forme et le contenu. Pourquoi ne pas s’appuyer sur ce qui se passe en France et constituer une sorte de Front de gauche ? Où les composantes demeureraient indépendantes et représentées à égalité au sein des instances et dans les médias. Où le contenu politique serait débattu en assemblées générales et ratifié par les organisations en dernière instance. Un tel projet ne peut se réaliser dans l’abstrait. Seul un rapport de force peut l’imposer. D’où la nécessité de nous renforcer idéologiquement et au plan militant.

Nous défendons un parti communiste ouvert. Ouvert sur les autres courants politiques et ouvert à l’égard des gens. Les communistes ne sont pas une organisation marxiste-léniniste sectaire et fermée. Nous nous reconnaissons du marxisme-léninisme autant que de l’ensemble des autres courants politiques ouvriers. Cela doit perdurer car il serait autrement impossible de rassembler au-delà de nos maigres effectifs. Nous sommes persuadés que le volontarisme et le sens du débat sont intrinsèques au combat communiste. Nous refusons l’étiquette d’« orthodoxe » qui n’a rien de marxiste et qui limite inutilement non seulement notre réflexion fondamentale mais aussi le champ d’activité de notre parti.

Nous avons besoin de faire vivre le communisme dans notre cité et pour cela nous avons besoin de nouveaux militants, qui doivent retourner dans la rue et reprendre contact avec la population. Nous devons accueillir toutes celles et ceux qui sont prêts à travailler avec un parti communiste, sans jeter notre identité communiste aux orties. Quiconque adhère à notre parti doit en accepter le sens de la camaraderie et la discipline (qui n’est pas soumission à l’autorité mais respect de l’action collective en vue d’un but commun).

Dès lors, nous proposons les quatre axes suivants :
1) Se donner les moyens de peser politiquement en accueillant de nouveaux membres et en les encadrant avec ouverture.
2) Discuter sur le fond et adopter un cadre idéologique propre qui permette une lecture pertinente de la réalité économique, sociale et politique.
3) Mener des projets et des campagnes concrétisant ce cadre idéologique.
4) Débattre et proposer un cadre politique électoral et militant à toutes les composantes de la gauche combative.

Yan P.-G., Alain P., Laurent T., Christian T, Monique Stucki