travail et salariat

Critiquer la société capitaliste, c’est bien, réclamer un autre monde possible, c’est légitime, mais tout cela restera incantatoire si nous ne disons pas ce que cet autre monde sera.


Autour du "Manifeste pour un nouveau contrat social"

mercredi 2 avril 2014

Vous trouvez ci-après les diverses articles de presse et émissions de radio concernant le livre "Manifeste pour un nouveau contrat social", de Christian Tirefort, publié aux éditions l’Harmattan. Ce livre peut être obtenu dans toutes les librairies et au format numérique. Comme son titre l’indique, il cherche à ouvrir une discussion sur un nouveau contrat social. L’ancien, le capitaliste, fait eau de toute part, il est irréformable. Il faut maintenant urgemment trouver les paradigmes d’un autre contrat social, non plus basé sur l’accumulation de profit et la compétition effrénée pour se l’approprier, mais sur la coopération sociale, passant par la mise en œuvre des facultés de faire humaines.

Version complétée le 14.1.2015.

Tout d’abord des réactions de lecteurs et lectrices

Jean Ziegler a écrit la lettre suivante :

Cher Christian,

J’ai lu le Manifeste. Il est formidable. Je t’en félicite et t’en remercie.

Au kiosque du Boulevard, j’ai demandé si un débat - que je trouverais très utile - était prévu. Le libraire me dit pas avant Noël, toutes les dates étant prises. Il faudrait absolument revenir à la charge en janvier.

Reçois, cher Christian, ma vive, solidaire, admirative amitié.

Jean

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Françoise Bloch a diffusé par mail le commentaire suivant :

Cher Christian,

Je n’ai pas encore terminé ton livre (j’en suis à la page 102) mais
d’ores et déjà je veux te dire : bravo !

Limpide, compréhensible et vigoureux. Pour moi, c’est un livre important où je retrouve certaines de nos discussions souvent peu menées à leur
terme ....mais à ta sauce et à partir de ta propre expérience du
mouvement ouvrier. On sent la colère pointer derrière beaucoup de
phrases, mais elle ne gêne pas car tu y mets l’humour de celui qui a
compris le manège. Et, très fort, tu t’es adressé à la classe dirigeante
des bourgeois.

Avais-tu lu le livre de deux situationnistes "votre révolution n’est pas la nôtre" ? J’y retrouve le ton mais l’analyse est nettement plus fouillée dans ton ouvrage. En plus, ce qui est rare, tu fais quelques autocritiques pour revenir sur les erreurs passées du communisme.

Je t’en dirai plus ensuite, mais je voulais te faire partager mes
premières impressions. Et lorsque je l’aurais fini, je ferai circuler
l’information sur son contenu. Je suis certaine que beaucoup de gens
vont s’y retrouver et y trouver matière à réflexion. J’attends de lire
la suite.....

Merci en tout cas de tout ce travail que tu as fait tant sur le fond que
sur la forme dont on sent combien elle est contrôlée.

Bien amicalement,

Françoise

***

Vous pouvez aussi écouter l’émission de la radio "La langue des bois" enregistrée par Yves Sancey dans le site www.lalanguedesbois.ch

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Sous la plume de son rédacteur en chef, Jérôme Béguin, l’hedomadaire roman "Gauchebdo" a été le premier organe de presse à publier une recension. La voici :

Un nouveau manifeste pour le parti communiste

Le « Manifeste pour un nouveau contrat social » redessine une perspective pour les communistes.

Rencontre et discussion à bâtons rompus avec son auteur, le Genevois Christian Tirefort.

Un nouveau manifeste pour le parti communiste. Près de 166 ans après la publication du texte de Marx et Engels, le Manifeste pour un nouveau contrat social permet de redessiner une perspective pour les communistes. Christian Tirefort, son auteur, est né en 1943 et a commencé à travailler dès l’âge de 14 ans comme typographe. Rapidement, il a été amené à assumer des responsabilités syndicales, qui l’ont conduit à la présidence centrale du Syndicat du livre et du papier, puis à celle de Comedia, devenu depuis Syndicom. Cet intellectuel autodidacte a aussi une longue carrière de militant politique derrière lui. Après avoir été « suspendu » du Parti du Travail en 1969, le Genevois a été actif au Centre de liaison politique (CLP), « un groupe léniniste critique », et a ensuite participé à la fondation de solidaritéS. Aujourd’hui, il a rejoint les rangs du Mouvement vers la révolution citoyenne (MvRC), créé à Genève par d’anciens membres des Communistes et de solidaritéS.

L’idée d’écrire un manifeste est née au cours de discussions entre des militants de la gauche radicale genevoise, parmi lesquels l’ancien président du Syndicat des services publics (SSP) Eric Decarro, le communiste Laurent Tettamanti ou encore Gérard Scheller de l’association Attac. Ces débats ont donné corps à l’ouvrage rédigé à la première personne du pluriel par Christian Tirefort. Dans un style et un ton s’inscrivant dans la grande tradition du manifeste politique, le livre parle au nom des « communistes et démocrates conséquents ».

« Je n’accepte pas qu’on enferme le communisme dans une caricature »

Mais d’abord, que faut-il comprendre par « communistes et démocrates conséquents » ? « Le communisme fait référence au bien commun auquel chaque être humain doit avoir accès en fonction de ses besoins. Dans ce sens, je suis un communiste », explique Christian Tirefort. « La démocratie conséquente, c’est la critique de la démocratie bourgeoise, cette pseudo-démocratie qui ne couvre pas le plus important. Ainsi tout le domaine économique échappe à la démocratie, il est livré à des soi-disant spécialistes qui, à quelques exceptions notables, ne servent que ceux qui les payent le mieux.

Je n’accepte pas qu’on enferme le communisme dans la caricature qui a été faite de lui. La propagande bourgeoise est passée maître dans l’art de transformer des principes positifs en éléments historiquement négatifs. » Dans le même esprit, le Genevois n’hésite pas à dire qu’il faut « restituer le terme de populisme au mot peuple et qualifier l’extrême droite de xénophobe et anti-peuple, pas de populiste. Il faut la désigner comme étant contre les valeurs du peuple. Cela me fait mal au cœur de voir la presse de gauche attaquer les “forces populistes“, c’est se tirer un coup de fusil dans le pied. »

Si le Manifeste pour un nouveau contrat social se livre à une critique en règle du capitalisme, l’ouvrage remet aussi en cause des fondamentaux marxistes : les travailleurs ne constitueraient pas une classe – « ils sont le peuple » –, et le moteur de l’Histoire ne serait pas la lutte des classes, mais le travail.

Est-ce que toute la théorie de la lutte des classes est donc bonne à jeter ?

« Une classe sociale est un groupe d’individus stabilisés dans la défense d’intérêts particuliers et exclusifs. Je reconnais que, du temps de Marx, il y a eu lutte des classes entre la féodalité et la bourgeoisie, qui chacune défendait sa forme de pouvoir et son accès à la richesse. Mais aujourd’hui il n’y a que lutte de classe, au singulier, celle des capitalistes contre les peuples », répond l’auteur. « Ma réflexion m’a amené à me demander ce que sont les travailleurs : ont-ils des intérêts de classe particuliers à défendre et donc un pouvoir à imposer contre le reste du peuple ? Non. Je crois que les travailleurs sont le noyau des peuples, ils sont surtout mus par des valeurs universelles : le droit de l’individu d’avoir accès au bien commun et de participer à l’échange social, le travail au service du bien-être des gens et non du profit capitaliste. Des valeurs qui sont loin d’être garanties à tous et à toutes à l’heure actuelle, y compris en Suisse. Si l’on veut défendre des valeurs universelles, ce n’est pas à un groupe particulier de prendre le pouvoir, c’est l’ensemble du peuple – tous ceux qui ne sont pas arrimés au profit – qui doit avoir le pouvoir sur la totalité des aspects de la vie politique et économique. Voilà ce que j’appelle une démocratie conséquente. Certains, et pas seulement les communistes orthodoxes, fétichisent les classes sociales, sans voir la différence entre des valeurs universelles et d’autres qui excluent. Moi, je ne veux pas réduire les travailleurs au rôle de bourgeois déçus, ils sont bien plus que cela. »

S’il n’est pas possible ni souhaitable de s’organiser en classes, comment faire pour se débarrasser des capitalistes ?

« Vous verrez bien ! Je n’ai encore que peu d’éléments pour le dire. Si on prend le cas de la Tunisie, on observe que c’est l’ensemble du peuple qui s’est opposé à une oligarchie de classe. Je ne nie pas qu’à l’intérieur du peuple se développent des organisations indispensables. En Tunisie ou en Egypte, on remarque ces recherches d’organisation. »
Pour Christian Tirefort, le Venezuela est aussi un exemple, « généralement mal évalué par l’extrême gauche » : « A l’heure actuelle, dans ce pays, des secteurs entiers de l’économie passent à la coopération. »

Le mot est lâché. A la collectivisation, Christian Tirefort préfère la notion de coopération.

« J’oppose les notions de compétition et de coopération. La compétition est centrée sur une pseudo-réalisation de l’individu contre les autres. Il s’agit, à la différence de la coopération, d’une non-valeur. Lorsqu’un mécanicien, un maçon ou un ingénieur se rendent au travail, c’est dans l’intention d’avoir ensuite accès, selon ses besoins, à une part du bien commun qui est un produit du travail des autres, donc de participer à l’échange social. Ils se rendent au travail pour cette raison, non dans l’idée de faire du capital ou du profit. »

On l’aura compris, l’ancien syndicaliste n’aime pas la hiérarchie. « Dans l’histoire, il y a eu des exemples d’entreprises qui fonctionnaient par la coopération seulement, où il n’y avait pratiquement pas de hiérarchie. Les anarchistes ont à nous apprendre là-dessus. Si on ne laisse pas de chance à la coopération, si on maintient cette hiérarchie, on n’a pas besoin de faire la révolution, on ne peut que continuer à subir. Moi, je crois que la coopération est notre avenir ; il y a eu des expériences, il y en aura de nouvelles, nous apprendrons en avançant. »

Et que pense Christian Tirefort de l’initiative pour un revenu de base qui vient d’être récemment déposée ?

« Dans la société actuelle, que tout le monde dispose de 2’500 francs, je suis d’accord. Mais cela doit être lié à un échange social et non délié d’une participation à la production du bien commun. Dans la société à venir tout le monde pourra – oui, c’est un pouvoir ! – entrer dans la coopération sociale qui ouvrira à tous le droit d’accéder selon ses besoins à une part du bien commun. »

Conclusions avant de se séparer : « Le but de ce manifeste est d’ouvrir la discussion sur d’autres paramètres de production, d’échanges et de rapports sociaux. Nous pensons qu’à l’exploitation capitaliste, qui impose la compétition et la guerre entre tous, on peut opposer le droit d’entrer dans l’échange social et la coopération pour construire la société et non pas la vampiriser ou la pirater. Il s’agit de changer de paradigmes. La richesse ne serait plus le capital accumulé, le Veau d’or, mais le bien-être des gens et de la société en général. On ne voulait pas faire un manifeste catalogue. On a voulu dire en quoi la société capitaliste est dans ses fondements foutue, c’est toujours important de l’expliquer, et ouvrir une discussion. Il faut que les organisations politiques qui se réclament d’un autre monde précisent leur projet. Si nous ne le faisons pas, nous laisserons la voie libre aux partis xénophobes. Si nous n’opposons pas nos valeurs à la société bourgeoise, je ne vois pas l’avenir différemment de ce que nous avons connu durant les deux guerres mondiales du siècle passé… en pire encore. »

Jérôme Béguin, « Gauchebdo » 19.10.13

Christian Tirefort, avec le suivi, les conseils et les corrections de Laurent Tettamanti, Manifeste pour un nouveau contrat social. Réhabiliter le travail, c’est le libérer de l’emploi capitaliste, éd. L’Harmattan 2013, 236 p., 23 € ou 17,25 € au format pdf (www.editions-harmattan.fr).

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Le journal de Suisse romande Le Courrier a été le deuxième à publié une recension sous la plume de Philippe Bach. La voici :

Dépasser l’emploi capitaliste ? Christian Tirefort y travaille

Ancien président de Comedia, Christian Tirefort publie un Manifeste pour un nouveau contrat social

"Réhabiliter le travail, c’est le libérer de l’emploi capitaliste." Tout est dans le sous-titre. Christian Tirefort, 70 ans, vient de publier un Manifeste pour un nouveau Contrat social. L’auteur est bien connu dans le monde syndical en tant qu’ancien président du Syndicat du livre et du papier, puis de comedia - aujourd’hui devenu Syndicom.

Un ouvrage théorique né de sa riche expérience et surtout de discussions menées au sein de la gauche, puis dans le cadre du Mouvement vers la révolution citoyenne, un petit groupe de militants communistes actifs à Genève.

L’ouvrage s’ouvre sur un bilan très noir de la situation. Le capitalisme est-il en train de s’essouffler ? "En tous les cas, et la plupart des économistes l’admettent, il y a découplage entre l’économie réelle et l’économie financière", relève M. Tirefort.

Crise de la démocratie

Le discours est à la fois optimiste - "Nous pensons que le peuple se dressera et fera s’écrouler ce système" - et pessimiste. "Le capitalisme vampirise tout sur son passage et la gauche n’a plus prise sur ce phénomène, elle est dans l’incapacité de lui opposer un projet cohérent". A partir de là, tout devient possible. Y compris des guerres, comme lors de précédentes crises du capitalisme au XXe siècle.

Celle que nous traversons est aussi une crise de la démocratie. "Les gens ne se reconnaissent plus dans le système, ils cessent de voter, c’est un signal qui devrait interpeller la classe politique", explique l’auteur. La révolution bolivarienne est scrutée avec intérêt en ce qu’elle met en pratique des projets de coopération sur lesquels il est possible de bâtir une alternative à la compétition sauvage.

Pensée radicale

Quoi qu’il en soit, il faut repenser de manière radicale les rapports entre capital et travail, estime Christian Tirefort. La démarche de ce dernier se veut aussi iconoclaste. Elle rompt avec certains concepts de base de la pensée du mouvement ouvrier. D’où des passages passablement ardus.

S’il est assez logique de repenser, comme le fait l’auteur, la notion de travail - celle-ci ne peut plus être comprise de la même manière qu’au XIXe siècle et ses groupes homogènes de prolétaires -, il va beaucoup plus loin dans son opération de relecture. La lutte des classes doit elle aussi être repensée : "On peut dire de la bourgeoisie qu’elle est une classe. Elle a des intérêts particuliers à défendre. Les travailleurs, eux, n’ont que des valeurs universelles à promouvoir."

On ne peut donc pas les enfermer dans un concept de classe. "Ils sont mus par des aspirations universalistes qui concernent chaque être humain : la santé, l’instruction, le travail, la démocratie, la justice, la culture", peut-on lire dans l’ouvrage. Les travailleurs sont certes une partie centrale du peuple souverain. Mais cette souveraineté "n’est pas un pouvoir de classe".

*Christian Tirefort, Manifeste pour un nouveau Contrat social, Paris, l’Harmattan, 2013, 234 pages. Mis en forme et complété par Laurent Tettamanti. L’ouvrage est aussi proposé en format électronique.

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Le mensuel l’Anti capitaliste à été le troisième à publier une recension. La voici :

Affranchir le travail

Un livre de Christian Tirefort

« Réhabiliter le travail c’est le libérer de l’emploi capitaliste ». C’est le fil rouge du livre que Christian Tirefort, l’ancien typographe qui avait mené la grève victorieuse en 1977 pour la semaine de 40 heures, vient de publier.

Conçu sur le mode « vous les capitalistes versus nous les communistes et démocrates conséquents », le « Manifeste pour un nouveau contrat social » est un plaidoyer pour la libération du travail de « l’employabilité capitaliste ».

Une culture qui n’est que culte du capital

C’est ainsi que Christian revisite l’échec du mode de production capitaliste, essayant « puisque la bourgeoisie excelle dans le double langage […] d’exceller dans le parler franc [et de] dire la vérité sur l’état de son système » (p. 15). Evidemment, ce n’est pas en quelques pages que cette « vérité » peut être retracée dans toute sa complexité, mais il en passe en revue les différents aspects justement à l’aune du travail et de sa réduction à « l’état de marchandise » (p. 45)

« Pierre angulaire » de la culture bourgeoise - qui n’est autre que « culte du capital » - la « séquestration du travail par le capital » pervertit le premier et le dégrade en « emplois », le prive « de sa qualité originelle de faculté reposant en chaque être humain pour être chosifié ».

Au bout du compte, le constat est impitoyable. « Nous avons produit beaucoup de choses inutiles, par contre nous n’avons pas produit l’indispensable en suffisance ; nous avons développé une société consumériste et gaspilleuse, mais nous ignorons des milliards d’êtres humains que nous laissons croupir dans la misère » (p17).

Une fois le constat établi, Christian Tirefort s’attèle à développer une ébauche d’alternative, la « vraie », qui doit permettre que « les travailleurs et les peuples retrouvent le pouvoir sur leur propre activité » (p. 57). Dans cette intention, il risque cependant de tomber si ce n’est dans un certain messianisme - le « communisme est de toute évidence inéluctable » (p. 218) - dans un excès de confiance dans les vertus du « projet alternatif ».

C’est le cas lorsqu’il prétend, s’adressant aux capitalistes, que « lorsqu’un projet alternatif crédible de société émergera, c’est le vôtre qui perdra toute crédibilité et les révoltes se changeront en révolution » (p. 47). Hélas, si le débat sur les alternatives possibles est fondamental, c’est encore dans leur mise en mouvement, dans l’organisation des luttes quotidiennes que celles et ceux d’en bas pourront dépasser leur mise en concurrence et se constituer en sujet de changement social conscient de sa force.

Peuple ou classe ?

Or, il s’agit là d’un point central de l’argumentation de Tirefort qui fait débat. Constatant que « nous autres communistes et démocrates conséquents avons aussi longtemps cru que les travailleurs constituaient une classe », il en vient à « devoir reconnaître [que] c’était une erreur » (p. 66) et à remplacer la notion de classe par celle de « peuple ».

Or, puisque le propre d’une classe serait de se coaguler autour d’intérêts spécifiques, les « capitalistes », porteurs d’intérêts particuliers en seraient une tandis que, intrinsèquement porteurs, par le travail, de « la mise en œuvre du bien commun […] les travailleurs ne sont pas une classe, ils sont le peuple » (pp. 66 et 67).

Les implications d’une telle approche sont énormes et méritent débat. C’est un des mérites, justement, du livre de Christian, susciter la discussion.

Paolo Gilardi

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Sous la plume d’Eric Decarro, le bihebdomadaire "Services publics", l’organe du SSP (Syndicat des Services publics) a été le quatrième à faire une recension du Manifeste. La voici :

Un Manifeste qui vient à son heure !

Dans le Manifeste pour un nouveau contrat social qu’il vient de publier aux éditions L’Harmattan, Christian Tirefort renouvelle radicalement les concepts de la gauche, jetant ainsi les bases, en termes de contenus, d’une alternative à ce capitalisme qui nous conduit droit dans le mur.
Bien loin de s’en tenir à une critique du capitalisme comme c’est le cas de la plupart des analyses de la gauche radicale, l’auteur construit un ensemble de concepts interdépendants qui font sens et nous projettent au-delà du système actuel.

Il ne s’agit pas d’une « utopie » au sens d’une tentative de s’abstraire des rapports réels par une fuite dans l’imaginaire. Au contraire, l’auteur s’efforce de repérer les éléments bien présents dans les rapports réels sur lesquels on doit s’appuyer - et dont il faut libérer les potentialités - si l’on veut transformer la société.

De même que pour « casser des briques » avec le tranchant de la main, il faut viser non pas la brique, mais au-dessous de celle-ci, de même pour rompre avec le capitalisme, il faut viser au-delà de celui-ci. En d’autres termes, il ne suffit pas d’être « contre » le système car cela nous enferme dans le cadre des idées et rapports dominants, il faut penser des contenus alternatifs, des pistes pour une rupture en positif.

En construisant cet ensemble de concepts qui transcendent le cadre actuel, Tirefort nous livre en retour une critique d’autant plus subversive du capitalisme, fournissant ainsi de précieux éléments pour l’élaboration d’un programme politique.

La première partie du livre s’adresse à « Messieurs les capitalistes » pour mieux « déconstruire » leur vision du monde qui vise à perpétuer leur système, donc leurs profits, quelles qu’en soient les conséquences pour les populations ; l’auteur leur oppose la vision des « peuples » qui visent à transformer la société en fonction de leurs valeurs essentiellement universalistes.

La seconde partie du livre s’adresse aux « démocrates conséquents et aux communistes » appelés à jeter les bases d’un autre système, émancipant le travail humain de la férule de plus en plus parasitaire du capital, opposant la coopération à la compétition de tous contre tous, répondant en toute priorité aux besoins des populations et non à la finalité du profit capitaliste, promouvant le bien commun et des valeurs universelles, respectueux des différences mais égalitaire en termes de droit sociaux et politiques, articulant liberté individuelle et droits collectifs.

Voyons quelques-uns de ces concepts :

Le travail

C’est le premier d’entre eux. L’auteur le distingue clairement de « l’emploi capitaliste », donc de ce qu’en fait le capital. Pour l’auteur, le travail est la « faculté de faire » présente en chacun d’entre nous. Christian Tirefort privilégie « l’être » et non « l’avoir ». Pour lui, c’est le travail, comme capacité historiquement constituée de produire un surplus social constant grâce aux progrès de la productivité du travail, qui constitue la richesse même, non l’accumulation de capital ou de marchandises.

C’est pourquoi il est faux de dire « qu’il n’y a pas de travail ». La vérité, c’est que le rapport capitaliste est trop étriqué pour accueillir la faculté de faire de toutes et tous. Le filtre du profit et les rapports de marché sélectionnent qui sera intégré dans « l’emploi capitaliste » et qui en sera exclu, rejeté comme superflu. Les premiers seront exploités et soumis à des conditions de plus en plus oppressives, puis largués s’ils ne correspondent plus aux objectifs de rentabilité. Les seconds seront ignorés et considérés quasiment sans besoins.

De même, si le travail comme faculté de faire EST la richesse, il est aberrant de parler du « coût du travail », il faudrait bien plutôt parler du « coût du capital », à savoir l’ensemble des valeurs confisquées par le capital au détriment du travail et des besoins des populations, sans compter les profits spéculatifs qui dévorent la substance sociale ou l’énorme gaspillage de richesses que constitue le chômage ou le sous-emploi de centaines de millions de personnes sur cette planète.

Dans son concept de « travail », Tirefort prend en compte la totalité du travail humain, rémunéré ou non. Il intègre ainsi le travail de reproduction indispensable au fonctionnement de la société assumé aujourd’hui pour l’essentiel par les femmes ; il souhaite, dans toute la mesure du possible, que celui-ci soit socialisé, donc salarié, contrairement aux politiques actuelles de la plupart des gouvernements qui procèdent à des coupes sombres dans les services publics, suppriment des emplois et privatisent les activités publiques les plus rentables, rejetant ainsi de nombreuses charges dans la sphère privée, principalement au détriment des femmes. L’auteur considère que hiérarchie de classe et patriarcat sont des structures de domination étroitement imbriquées, même si le livre cible avant tout la première.

la productivité du travail

Tirefort la considère comme un patrimoine de l’humanité . Elle est liée à la coopération et au développement des savoirs et savoir-faire.
Il considère les processus de travail comme le moteur de l’histoire. De tous temps, les peuples ont lutté pour vaincre la précarité. La productivité du travail qui s’est développée historiquement génère désormais « un surplus social » constant, potentiellement de plus en plus important, qui permettrait de vaincre la rareté et d’améliorer les conditions de vie de l’humanité tout entière. Ce sont les rapports capitalistes, en particulier la compétition de tous contre tous et la loi du profit, qui maintiennent artificiellement la rareté.

Le surplus social

C. Tirefort refuse d’identifier surplus social et profit capitaliste. Pour lui, le surplus social est aussi constitué des infrastructures publiques et des services publics essentiels, des systèmes d’assurances sociales développés dans l’après-guerre, des investissements productifs des entreprises autogérées. De plus, pour lui, le surplus social ne saurait être réduit aux biens matériels. Conformément à sa conception du travail comme constituant la richesse, le surplus social est aussi incorporé dans les corps et les facultés de faire des individus, en termes de formation ou d’amélioration de la santé et de l’espérance de vie qui sont aussi des biens communs.

La coopération

Dans le capitalisme, cette coopération existe bel et bien, mais il s’agit d’une coopération pervertie car soumise au rapport d’exploitation et enfermée dans une hiérarchie de classe, soumise aussi aux rapports de compétition féroces entre capitalistes qui se battent pour arracher la plus grande part possible du profit, que celui-ci soit généré sur le plan local ou au niveau mondial.

Aujourd’hui tant le travail que la coopération sont sous la férule du capital. Grâce à ce dernier, la classe dominante détient un quasi-monopole de la mise en oeuvre du travail. Pour avoir leur destin en main, les peuples doivent se libérer de ce monopole et conquérir le contrôle de leurs activités et de leurs rapports de coopération.

La démocratie conséquente

Aujourd’hui, la démocratie est tronquée, déformée ; elle consacre le primat de la propriété privée sur les moyens de travail, l’économie de marché, la puissance de l’argent et des lobbies financiers.

Comment peut-on parler d’égalité tant que le capital exercera son diktat sur les rapports de travail, sur l’économie et sur la société ? Dans le capitalisme, les institutions de démocratie représentative ont pour fonction d’intégrer les oppositions et de verrouiller les rapports sociaux dominants ; cette démocratie représentative génère une caste politique de plus en plus coupée des préoccupations populaires et qui n’aspire qu’à gérer ce système. Les institutions politiques font de plus système avec le pouvoir médiatique qui diffuse à satiété les idées dominantes.
On ne saurait évidemment renoncer à utiliser les espaces de liberté qui subsistent, mais il faut le faire dans une visée de rupture, non dans l’espoir – vain dans le cadre actuel - d’apporter des solutions aux problèmes essentiels.

Dans la compétition féroce que se livrent les capitalistes à tous les niveaux, entreprises, régions, pays, ensemble de pays, cette démocratie est instrumentée principalement pour renforcer la compétitivité et attirer sur leur territoire les capitaux des riches et investisseurs financiers, ainsi que les multinationales. Cela implique pression constante sur les conditions de vie des populations et renforcement des moyens de répression.

L’auteur se prononce pour une démocratie conséquente, à commencer dans les entreprises et sur l’économie en général. Celle-ci doit s’affranchir du capital. Il faut que les peuples rétablissent le lien direct entre la mise en œuvre du travail et la satisfaction des besoins des gens.
En bref, le « Manifeste pour un nouveau contrat social » renouvelle la pensée de gauche, il faut le lire en toute priorité.

Eric DECARRO

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Le bimensuel de solidaritéS du 20 novembre a publié une version raccourcie de la recension ci-dessus d’Eric Decarro. Nous vous prions de vous y référer.


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Le 6 décembre, le bimensuel "Syndicom le journal" a publié l’article qui suit :

Travailler à une alternative au capitalisme

Christian Tirefort vient de publier aux éditions L’Harmattan un Manifeste pour un nouveau contrat social. En renouvelant radicalement un certain nombre de concepts de la gauche, il procède à une analyse implacable du capitalisme. Il propose surtout d’intéressantes pistes de réflexion pour penser une alternative à ce « système à bout de souffle ». Pour lui, un autre rapport au travail que l’emploi capitaliste est possible. Yves Sancey.

Bon nombre de nos lecteurs et lectrices connaissent bien Christian Tirefort, typographe, puis ancien président du Syndicat du Livre et du papier et de comedia. A la retraite depuis quelques années, il a pu se plonger dans l’écriture de ce Manifeste en puisant dans sa riche expérience et de nombreuses discussions menées au sein de La Gauche. S’inscrivant dans la grande tradition du manifeste politique, le livre parle au nom des communistes et des démocrates conséquents et utilise la première personne du pluriel. Le titre est un clin d’œil à l’apport de Marx dans sa formation intellectuelle, mais également à son rapport critique à la vulgate marxiste, d’où l’ouverture au « Contrat social » de Rousseau dont on a fêté le tricentenaire en 2012. « Les deux termes montrent que nous ne nous alignons ni derrière l’un ni derrière l’autre. Mais nous créons quelque chose de nouveau » nous a confié Tirefort.

La première partie de son ouvrage, tranchante, trace un bilan très noir de la période actuelle marquée par une faillite économique, un désastre social doublé d’une débâcle écologique. Tirefort constate l’échec des stratégies réformistes impuissantes à combattre la séquestration du travail par le capital, l’accaparement systématique par les capitalistes des surplus sociaux et de la productivité issus du travail des peuples. Un travail, comme l’indique le sous-titre de son livre, qu’il faut « réhabiliter en le libérant de l’emploi capitaliste ». L’auteur distingue ainsi clairement le travail de l’« emploi capitaliste », donc de ce qu’en fait le capital. Il y a d’autres rapports au travail possibles que celui basé sur la compétition et le culte de l’intérêt individuel indique Tirefort. Pour lui, notre culture, celle des peuples, est basée sur la faculté de faire humaine, de plus en plus productive, qui devrait conduire à vaincre la précarité et à la suppression des obstacles à la coopération. « Pour les travailleurs, nous dit l’auteur, se libérer de l’emprise du capital, c’est reconquérir le contrôle de ce qui changera le monde, se réapproprier la mise en œuvre de leur faculté de faire ».

La deuxième partie du livre intitulée « Sans le capital, tout devient possible », dont on peut regretter qu’elle n’occupe pas davantage de place dans l’ouvrage, vise à présenter le projet de cette ébauche d’une alternative – une société où les travailleurs coopèrent à la place d’être soumis à la compétition mortifère actuelle. Pour fédérer le plus grand nombre autour de la possibilité d’un dépassement du capitalisme, il faut trouver et promouvoir des valeurs universelles qui vont supplanter celles des capitalistes : la coopération à la place de la compétition, le travail vu comme faculté que nous portons tous en nous et non comme une vulgaire marchandise, la justice, la dignité, le respect de l’autre, le respect de la vie et de la nature.

L’alternative au capitalisme passera par un travail collectif de définition d’un nouveau contrat social libéré du capital. Selon ce contrat chaque travailleur sera un coopérateur qui, en échange de sa participation à la production sociale, pourra accéder aux biens communs qui seront des produits du travail de tous. Pour cela, comme le dit Tirefort dans son épilogue, il faudra redéfinir « le travail, le salariat, la démocratie, la mutualisation et finalement la juste distribution des fruits du travail humain. » Vaste chantier sans doute auquel il faut s’atteler dès aujourd’hui. Tirefort a suffisamment confiance dans la créativité humaine qui se libère quant les peuples coopèrent dans leurs diversités : « La responsabilité d’imaginer comment une société sans capital peut produire et échanger nous incombe. Nous concevrons cet autre monde. […] C’est cela qui doit dicter notre but : que le peuple conquière le pouvoir sur son activité. » Pour y arriver, il reste bien sûr encore bien du travail.

Yves Sancey

Christian Tirefort, Manifeste pour un nouveau contrat social. Réhabiliter le travail, c’est le libérer de l’emploi capitaliste, Ed. L’Harmattan, Paris, 2013, 231 p., 30.60 CHF (35 CHF dans les librairies en Suisse).

Pour écouter notre entretien avec Christian Tirefort, consultez le site www.lalanguedesbois.ch


Couverture du livre : http://www.mvrc.ch/telecharger/couverture%20manifeste.pdf

Le bulletin de la Commission Tiers Monde de l’Eglise catholique Cotmec Info de janvier/février 2014 a publié la recension suivante :

Manifeste pour un nouveau contrat social

Christian Tirefort vient de publier le livre Manifeste pour un nouveau contrat social. Le sous-titre Réhabiliter le travail, c’est le libérer de l’emploi capitaliste en dit long de son expérience sur le terrain. En effet, il a défendu des décennies durant les travailleurs, d’abord en tant que président du Syndicat du livre et du papier, puis de comedia (devenu Syndicom, syndicat des médias et de la communication). L’auteur, aujourd’hui à la retraite, est un ancien typographe. Il nous livre avec passion le résultat des discussions dans les groupements de gauche et de ses observations pendant toute une vie d’engagement pour les autres.

Son constat de la situation actuelle est accablant, cependant il propose des pistes d’analyse et de réflexion, basées avant tout sur des valeurs humanistes, menant à la recherche d’alternatives qui visent une société où les travailleurs coopèrent à la place d’être soumis à la compétition. Il prône les valeurs universelles pour remplacer celles du capitalisme, le travail vu comme faculté que nous portons tous en nous et non comme une vulgaire marchandise. L’alternative au capitalisme passera par un travail collectif de définition d’un nouveau contrat social libéré du capital. Selon ce contrat, chaque travailleur sera un coopérateur qui, en échange de sa participation à la production sociale, pourra accéder aux biens communs qui seront des produits du travail de tous.

Il nous invite à "rêver de l’émergence de larges coalitions d’êtres humains, à des peuples prêts à coopérer pour définir ce nouveau contrat social enfin libéré du capital, qui redéfinisse le travail, le salariat, la démocratie, la mutualisation et la juste distribution des fruits du travail humain."

Wilma Jung

Christian Tirefort, Manifeste pour un nouveau contrat social, Paris, l’Harmattan, 2013, 234 pages. L’ouvrage est aussi proposé en format électronique.

Au mois de Janvier 2015, la revue de langue allemande "Widerspruch" a publié la recension suivante

Un manifeste, antidote au désespoir

Heureusement, il y en a qui ne se résignent pas : Christian Tirefort, militant et syndicaliste de longue date, est de ceux-là. Il a pris le taureau par les cornes et publie un « Manifeste pour un nouveau contrat social », clin d’œil à Marx évidemment, mais rédigé pour notre temps. Selon lui, qui en fait une démonstration sur deux cents pages, et contrairement à tout ce qu’« on » cherche à nous faire croire, « l’alternative existe ». Elle passe par la réhabilitation du travail, et par la coopération.

Le livre s’ouvre sur un état des lieux impitoyable du désastre général provoqué par l’accumulation capitaliste et démonte les mensonges servant à la justifier comme horizon indépassable. La survie du capitalisme est liée à sa capacité à faire argent de tout ; cette capacité de marchandisation totale coïncide avec une volonté de toute-puissance, de maîtrise totale du monde matériel et des sociétés. Cette maîtrise exige évidemment d’imposer partout la vision du monde capitaliste : l’opposition entre capital industriel « vertueux » et capital financier « funeste », la dette des Etats auprès des tout-puissants marchés financiers qu’il-faut-absolument-rembourser, la destruction de la planète mais heureusement il y a le capitalisme vert, l’exploitation atroce de tout ce qui est vendable, donc profitable, terres et mers, animaux et humains, la guerre pour les matières premières déguisée en combat pour la démocratie. Et les politiciens, les puissants de l’économie, les experts, qui répètent d’une seule voix leur mantra : il n’y a pas d’alternative, « c’est pour créer des emplois ». Pour ajouter immédiatement que le coût du travail est trop élevé. Car pour les capitalistes, tout ce qui n’est pas profit est coût, même et surtout le travail, qui assure pourtant leur richesse.

Ensuite, méthodiquement, en forme d’apostrophe à « Messieurs les capitalistes », l’auteur reprend tous les éléments de cette domination absolue et destructrice. Il décortique les affirmations des capitalistes sur la productivité du travail (énorme) et le surplus social, sur la nécessité d’une « élite » (bourgeoise évidemment), sur la compétition entre les nations, pour y opposer « nos solutions » et montrer que, oui, sans le capitalisme, tout devient possible. Evidemment, ça ne se fera pas d’un claquement de doigt, mais « les forces sociales qui promouvront cet autre monde n’ont pas besoin d’être inventées », elles existent déjà. Ce sont les peuples de toute la terre – entendre par là tous ceux qui ne sont pas détenteurs de capital, quelle que soit la classe sociale à laquelle ils appartiennent – qui s’en chargeront.

Cet autre monde naîtra de la réhabilitation du travail, aujourd’hui séquestré par le capital, par la prise dans nos mains de ce que nous sommes tous capables de faire, dans la coopération plutôt que dans la compétition, au service du bien commun. Qui sait encore ce qu’est le travail, cet acte créateur, « prolongement de l’homme » et forme universelle de son rapport à la nature ? Vu sous cet angle, et c’est celui que choisit Christian Tirefort, chacun de nous travaille, de l’enfance à la mort. Le travail est la seule vraie source de toutes les richesses, de toutes les inventions qui, au fil des siècles depuis la préhistoire, ont permis aux humains de sortir de la précarité. Et cela, des millions d’humains le vivent déjà un peu partout sur toute la terre. Dans le travail gratuit des femmes et des anciens. Et aussi dans les usines où sont imposés la brutalité, la compétition et le management mortifères. Sinon, tout serait pire encore ! Or malgré des conditions de travail pénibles, voire atroces, des centaines de millions de personnes font en sorte qu’il y ait à manger, à se loger, des routes, des vêtements, de l’eau épurée, des écoles où s’instruire.

Mais l’auteur ne se contente pas d’apostropher les capitalistes, les bourgeois et leurs laquais. Il énumère aussi les erreurs commises, ces cent dernières années, par le mouvement ouvrier, les communistes et les démocrates conséquents, contribuant ainsi au désastre actuel. Ainsi, une des erreurs majeures, est d’avoir (trop) longtemps cru que les travailleurs constituaient une classe, avec des intérêts particuliers. Mais, en leur cherchant ces intérêts particuliers, « nous les abaissions au niveau de cupidité de la classe des capitalistes ». Or « les peuples ne se libéreront pas en imposant d’autres intérêts particuliers de classe – ils n’en ont à vrai dire pas – mais en promouvant les valeurs universelles qu’ils ont toujours représentées ».

Il ne faut évidemment pas chercher des recettes pratiques sur quoi ou comment faire dans ce « Manifeste ». Il ne propose pas de programme politique en douze points, mais affirme une volonté de nettoyer les têtes de la fange idéologique déversée à flots continus par ces messieurs les capitalistes et de son aspect le plus révoltant : c’est le travail qui coûte cher, donc les travailleurs, les producteurs, qui devraient être heureux d’être « au bénéfice » d’un emploi – argument massue pour justifier toutes les exactions.

La plus grande qualité de ce livre, dont le but est de briser la « chape de plomb » qui paralyse les volontés de révolte et les projets de révolution, est d’être un antidote à l’hébétude et au désespoir que provoque cette « crise » totale du capitalisme chez les militants, actuels et anciens, communistes ou non. Car si certains persistent, se réfugiant, si l’on peut dire, dans des syndicats, des associations, des coopératives, des réseaux sociaux, d’autres, hypnotisés par les horreurs et les mensonges déversés quotidiennement, sont tentés par la volonté de ne pas savoir.

Mais non, la catastrophe n’est pas inéluctable ! Une autre société est déjà là, cachée dans les replis du présent. Alors écoutons l’apostrophe qui clôt le livre de Christian Tirefort : « La coopération n’est pas un choix, mais une nécessité. (…) Amis des peuples et peuples amis, camarades communistes et démocrates conséquents, humanistes et défenseurs des valeurs universelles, femmes et hommes, nous devons en être conscients, il y a beaucoup à faire. Nous y travaillerons, de toutes nos forces. »

Christian Tirefort, Manifeste pour un nouveau contrat social. Réhabiliter le travail, c’est le libérer de l’emploi capitaliste. L’Harmattan, 2014.



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