travail et salariat

Critiquer la société capitaliste, c’est bien, réclamer un autre monde possible, c’est légitime, mais tout cela restera incantatoire si nous ne disons pas ce que cet autre monde sera.


Extrait du "Manifeste pour un nouveau contrat social"

Les multiples masques des pouvoirs de classe

jeudi 25 septembre 2014 par Christian Tirefort

Décidément, tout va très vite. Depuis la parution du "Manifeste pour un nouveau contrat social", en octobre 2013, aux Editions l’Harmattan, à Paris, les évènements ont tous confirmés que les stratégies réformistes sont vouées à l’échec. Le monde semble figé sur lui-même, mais il ne peut cacher qu’il est en train de se dégrader, comme un cadavre. Les foyers de guerre se multiplient, les luttes du monde du travail essaient ici et là de sauver ce qui est possible, rien de plus, mais sans succès. Les droites extrêmes sont de plus en plus le pivot central de l’échiquier politique. On sent que des nouveaux paradigmes doivent s’imposer, que la lutte pour réformer les anciens ne fait que nous enfoncer plus. On sent aussi ici et là que des économistes ou des philosophes sortent des chemins battus. La route est encore longue, qu’importe, nous avancerons pas à pas. Le "Manifeste pour un nouveau contrat social" est peut-être un des pas nécessaires. En voici un extrait.

Nous, qui sommes-nous ?
Les travailleurs et travailleuses.
Toutes celles et ceux qui respectent le bien commun,
tous les démocrates conséquents,
tous les défenseurs des libertés, toutes les femmes et tous les hommes qui n’ont pas besoin de privilèges
et veulent la justice sociale,
en bref, les gens des peuples

Messieurs les capitalistes, maintenant que votre système est trop manifestement indéfendable parce qu’il a abouti à des famines récurrentes, des guerres programmées
et une débâcle écologique, qu’il a surexploité tant les
hommes que la nature à un point tel que cela menace l’existence
même de nos sociétés, à présent que tout cela ne peut plus être
caché, vous assénez votre argument
massue : tous les hommes sont des loups pour les autres hommes,
ils ont la prédation dans le sang. Celle-ci proviendrait de leur instinct
de survie, elle ferait indéfiniment partie de la nature humaine.

Vous entretenez cette idée comme un fondement philosophique
incontournable soutenu par des constats proclamés « incontestables
 », par exemple celui de l’inégalité congénitale entre les
humains. Celle-ci entraînerait de fait une inégalité de droits : les
meilleurs, tout devant, tireraient tout le monde. Les retombées de
la richesse des premiers nourriraient les pauvres, par conséquent
les riches devraient être toujours plus friqués pour « employer »
de plus en plus de pauvres. Ces derniers devraient subir leur pauvreté
comme une fatalité.

La consécration philosophique suprême de ce rapport entre
gens sur dotés et sous dotés serait l’oeuvre des pères de la théorie
de l’évolution, Darwin en particulier. N’a-t-il pas démontré que
cette évolution se faisait grâce à la sélection ? Les plus forts restent,
ils renforcent « l’espèce » en transmettant leurs gênes. Les
plus faibles n’auraient pas de chance de survie s’ils ne vouaient
pas tous leurs efforts au renforcement des plus forts, s’ils ne
vivaient pas dans leur sillage, s’ils ne se sacrifiaient pas pour leur
prospérité. Messieurs les capitalistes, selon vous, les famines, les
guerres, la débâcle écologique et l’asservissement des pauvres
seraient des lois de la nature, seuls les meilleurs survivraient dans
les catastrophes, ils sauveraient ainsi ce qui reste de l’espèce
humaine.

A vous entendre, il faudrait placer l’humanité dans des conditions
extrêmes pour qu’elle s’adapte et se sublime dans l’adversité.
Le pire serait le meilleur. Le racisme et l’exclusion sociale seraient
des phénomènes normaux d’autoprotection des espèces dites
« supérieures ».

Toujours selon vous, voir le fauve qui dévore sa proie n’est
insupportable que pour les gens hypersensibles qui fuient ce que
vous appelez « la réalité des choses ». Cette réalité serait dictée
par l’instinct de survie. Selon vous la lutte pour la vie des uns passerait
par les privations imposées aux autres, aux plus faibles. Vous
transcrivez cette loi de la jungle aux sociétés humaines, en ignorant
cependant une différence de taille : le fauve repu laisse les
restes de sa proie à disposition de la chaîne alimentaire dont il est
un maillon, tandis que vous accumulez sans limites et vous empêchez
les autres d’avoir accès à vos restes, vous entretenez leur
pénurie.

* *

Darwin a-t-il vraiment prêché votre vision apocalyptique de l’évolution
de l’espèce humaine ? Les conditions réelles, entre autres
l’évolution du savoir humain et la capacité des hommes de produire
de manière constante plus que le strict nécessaire à leur survie,
ne changent-elles pas cette donne ?

Vous dites non, mais les peuples savent que les conditions ont
changé. Ils répondent oui. C’est sur cette base nouvelle que nous
entendons construire notre avenir. Non seulement nous tous, gens
des peuples, avons sans relâche – malgré vous et à votre insu –
travaillé à l’évolution de cette donne, mais nous avons transformé
le réel d’antan, la rareté, pour créer le réel d’aujourd’hui, la capacité de chacun de produire largement plus que le minimum de sa
survie.

Cette capacité réside dans la faculté de faire humaine, un trésor
que nous portons toutes et tous en nous. Cela vous a échappé !
Pourquoi ? Parce que c’est en faisant évoluer le travail que le genre
humain est passé d’une rareté quasi constante à une possible abondance
pour tous. Or vous méprisez les travailleurs et même le travail
 : selon vous ce dernier n’est qu’un moyen de s’enrichir, votre
but est de vous en détacher au plus tôt en grimpant dans l’échelle
sociale. Vous n’avez par conséquent vu que la fumée du feu et
ignoré la flamme qui couvait sous la cendre, vous avez continué
à considérer le capital comme la vraie richesse.

Ce n’est pas nouveau, il y a longtemps déjà des sages avaient
dénoncé la supercherie et essayé de détruire le Veau d’or, mais à
cette époque le travail n’était pas encore capable de surplus
constants. Ceux-ci étaient encore très sporadiques et la sélection
des personnes qui y auraient accès s’imposait comme une loi de
la nature. Le rapport marchand est né dans ces conditions, il avait
sa raison d’être.

La situation est aujourd’hui totalement différente. C’est pourquoi
ceux et celles qui font encore l’apologie de la sélection
sociale appartiennent à une période historique périmée. Aujourd’hui elles essayent désespérément d’arrêter la marche de l’Histoire.
C’est votre cas, Messieurs les bourgeois. Vous perpétuez
une culture devenue « hors sol », sans aucun enracinement dans
ce que les hommes dans leur immense majorité font ou aimeraient
pouvoir faire : travailler pour échapper à la précarité. A la place
de cela vous détournez les peuples de leur objectif, vous vouez
l’essentiel des facultés de faire humaines à nourrir le capital, votre
« Veau d’or », le monstre que vous adorez. Vous nous le présentez
à la fois comme la source de l’abondance et son résultat, une tautologie,
alors que pour les gens des peuples il n’est que source de
rareté et de précarité.

Suivez le lien
http://www.travail-et-salariat.org/spip/IMG/pdf/HC_PF_TIREFORT3.pdf.

Le livre peut être obtenu dans toutes les librairies.



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