travail et salariat

Critiquer la société capitaliste, c’est bien, réclamer un autre monde possible, c’est légitime, mais tout cela restera incantatoire si nous ne disons pas ce que cet autre monde sera.


Chronique de la crise (II)

Les six moments-clés du développement de la crise

jeudi 11 juin 2009 par Eric Decarro

La crise est là. Certains le nient, mais tous les signaux se mettent au rouge. On ne discute plus que de son ampleur. La plupart des économistes la comparent à celle de 1929. Plus personne n’ose en pronostiquer la fin.

A. Retournement sur le marché du pétrole, des matières premières et des produits agricoles

interactions entre crise financière, crise économique et chute des cours mondiaux

1. Comme nous l’avons vu, ce retournement de tendance sur le marché des matières premières intervient environ à mi-juillet et va de pair avec la remontée du dollar. Il s’explique de trois manières :
- par la peur de la récession mondiale qui devient clairement désormais le danger principal pour les marchés financiers.
- par le débouclage en toute hâte de leurs positions de la part des spéculateurs, particulièrement des hedge funds qui doivent vendre massivement et à tout prix pour restituer leur argent à leurs clients ;
- enfin, par la spéculation à la baisse qui amplifie encore la tendance.

La peur de la récession mondiale

2. Le premier facteur a déjà été traité ; il est lié à l’invalidation dans les faits de la théorie du « découplage » : la chute de la demande mondiale de matières premières, y compris celle émanant des pays émergents (Chine, Inde, en particulier) atteste que ces derniers sont aussi atteints de plein fouet par la récession ; tous les analystes se convainquent désormais que la crise est profonde, mondiale et qu’elle tend à s’aggraver.

Examinons maintenant les deux autres facteurs ; ils sont liés à la crise financière, qu’ils contribuent d’ailleurs à accentuer.

Débouclage des positions des hedge funds

3. Il faut dire un mot concernant le débouclage des positions des investisseurs et particulièrement des hedge funds, car il a beaucoup amplifié les tendances à la baisse de tous les marchés financiers (actions, pétrole, matières premières, etc.) durant le second semestre 2008, et donc contribué à l’aggravation de la crise financière.

4. Dans ce contexte, ces acteurs ont en effet dû vendre massivement, et à tout prix, pour restituer à leurs clients (banques d’affaires, investisseurs institutionnels, clients fortunés) leur argent ; beaucoup de ces derniers, paniqués par la peur de tout perdre dans cette crise financière et voulant écarter tout risque, ont exigé de toute urgence la restitution des capitaux dont ils avaient confié la gestion aux hedge funds.

5. Les hedge funds sont en effet des fonds spéculatifs, spécialisés dans des stratégies d’investissement à court terme ; la plupart de ces sociétés ne sont pas régulées et peuvent utiliser des stratégies plus rémunératrices que les fonds classiques.

6. Selon Eva Joly, cette juge spécialisée dans la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent sale, ces hedge funds, généralement domiciliés dans des paradis fiscaux, représentaient à eux-seuls, avant la crise, 50 % des transactions sur les bourses du monde. Elle ajoutait qu’ils constituaient « pour les grands corrupteurs une usine à blanchiment, à un taux de rendement très fort, bien meilleur que celui du marché. Les capitaux traqués fructifient et s’évaporent en même temps » [1].

7. Les hedge funds peuvent ainsi procurer à leurs clients des rendements exceptionnels mais ils prennent aussi de gros risques, lesquels finissent évidemment par se matérialiser, surtout dans une crise financière comme l’actuelle. Certains de ces hedge funds – notamment celui de John Paulson - ont cependant fort bien tiré leur épingle du jeu et réalisé - malgré ou grâce à la crise - de gros profits, notamment en spéculant sur un effondrement des crédits subprime.

8. A fin 2008, on estime toutefois que les hedge funds qui géraient quelque 2200 milliards de dollars avant la crise n’en géreraient plus que 1500 milliards, suite aux retraits d’argent de leurs clients et aux pertes de valeurs de leurs actifs financiers [2]. On estime aussi qu’un tiers des hedge funds devraient faire faillite ces prochains mois.

9. Le problème, c’est que ces hedge funds, lorsqu’ils doivent restituer par exemple 100 millions à leurs clients, doivent en même temps rembourser 400 millions aux banques auprès desquelles ils ont emprunté ; les hedge funds, en effet, ne se bornent pas à placer l’argent de leurs clients, mais travaillent avec un fort effet de « levier » (leverage), c’est-à-dire avec une forte proportion de capitaux empruntés (dans notre exemple 80 %).

10. Cela signifie que pour un client qui réclame ses 100 millions, ils doivent en fait disposer de 500 millions, les 100 millions restitués à ce client et 400 millions pour rembourser les banques (mouvement de « deleveraging »). Ils sont dès lors pris à la gorge et doivent déboucler leurs positions en toute hâte, et ce, quelles qu’en soient les conditions. D’où le mot d’ordre qui a commencé de retentir sur les marchés financiers à partir de juillet : vendre !

La spéculation à la baisse

11. Venons-en maintenant à la spéculation à la baisse : autant la spéculation a accentué la tendance à la flambée des cours durant le premier semestre 2008, autant elle a accentué la tendance à la baisse à partir de mi-juillet, lorsque les investisseurs ont réalisé que désormais c’était une récession mondiale, touchant tous les secteurs et tous les pays (y compris les pays émergents), qui menaçait.

12. Le principe de la spéculation à la baisse est bien simple : les investisseurs vendent à terme des actions, du pétrole ou des matières premières qu’ils ne possèdent pas nécessairement ; ils les vendent au cours d’aujourd’hui et ils les achèteront à l’échéance, lorsque les cours auront baissé. Si leurs prévisions se réalisent, ils engrangent un profit constitué par la différence entre le prix de vente actuel et le prix d’achat à l’échéance. Et comme une masse d’investisseurs font le même calcul et spéculent à la baisse, ils contribuent ainsi eux-mêmes à faire baisser les cours sur les marchés financiers.

13. Bien entendu, leurs calculs tiennent compte du contexte d’une crise qui s’approfondit, et déprime les cours des actions ou des matières premières, parce que les investisseurs anticipent d’une part la réduction des profits des entreprises, de l’autre le recul de la demande de pétrole et des matières premières. Mais il est indiscutable que les spéculateurs amplifient toutes les tendances sur les marchés financiers.

14. Au total, il s’ensuit une énorme destruction de valeurs sur tous les marchés (actions, pétrole, matières premières) qui aggrave la crise financière et constitue par ailleurs une porte d’entrée pour la récession mondiale car elle hypothèque les profits des entreprises (toutes les multinationales réalisent une partie de leurs profits sur les marchés financiers) et réduit la consommation d’une partie de la population, en raison de ses effets sur les revenus des classes moyennes et sur les caisses de retraites.

15. Tous ces éléments concourent fin août à aggraver la crise financière : il apparaît en effet que les banques, en particulier les banques d’investissement, aux Etats-Unis peinent à redresser la barre. C’est Lehman Brothers qui inquiète le plus, suivi de Citigroup et de Morgan Stanley. Mais les deux géants de l’immobilier, Fannie Mae et Freddie Mac, sont aux soins intensifs, tout comme l’assureur AIG.

16. C’est donc dans cette phase que s’accumulent au sein du système financier, en relation avec la récession mondiale qui menace, les éléments explosifs qui vont éclater en septembre et conduire à la phase jusqu’ici la plus aiguë de la crise du système financier mondial.

17. Nous allons voir combien en septembre les événements se sont précipités. La crise franchit alors un nouveau cap qui va secouer les marchés financiers dans le monde entier et aggraver les tendances à la récession, un processus désormais en cours au plan mondial.

B. Septembre 2008 : la crise financière prend une tournure aiguë

Sauvetage des géants de l’immobilier américains, Fannie Mae et Freddie Mac, puis de l’assureur AIG ; faillite de Lehman Brothers (mi-septembre) ; les banques européennes entrent à leur tour dans la tourmente

Sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac

18. Le mois de septembre s’ouvre sur le sauvetage des 2 piliers de l’immobilier étatsuniens Fannie Mae et Freddie Mac. Le Tresor américain avait déjà dû voler à leur secours à mi-juillet : il avait alors fait voter par le Congrès un plan de sauvetage pour les deux institutions. Cela avait donné lieu à de vives controverses à propos de la « socialisation des pertes » de ces deux agences privées, qui disposent toutefois de privilèges conférés par l’Etat. Fin août, il apparaît que Fannie Mae et Freddie Mac sont à nouveau en difficulté, et même au bord du gouffre.

19. Ces deux géants de l’immobilier ont perdu 80 % de leur valeur boursière depuis le début 2008, et même 90 % depuis l’éclatement de la crise.

20. Contrairement à ce qui a été dit parfois, ces deux institutions sont en fait privées, mais disposent du privilège, attribué par l’Etat en reconnaissance de leur rôle, de pouvoir emprunter à des conditions imbattables.

21. Le problème, c’est qu’elles ont encouragé de nombreux ménages ne disposant que de très faibles moyens à devenir propriétaires de leur maison, y compris lorsqu’ils ne disposaient d’aucun fonds propre. Et surtout, qu’elles ont profité des privilèges que leur a conféré le gouvernement américain pour spéculer massivement sur les titres subprime émis par d’autres banques.

22. Début septembre, Fannie Mae et Freddie Mac passent ainsi sous la tutelle du Trésor américain. C’est à ce moment-là la plus grande intervention de l’Etat américain pour tenter de contrer la crise du système financier. Coût de cette opération de sauvetage : 200 milliards de dollars.

23. Selon le secrétaire d’Etat au Trésor, John Paulson, ces deux entités sont tellement interconnectées au système financier américain et au marché immobilier qu’une faillite de l’une deux mettrait à plat le secteur immobilier américain et menacerait l’ensemble du système financier mondial. Il faut dire que ces deux géants de l’immobilier garantissent 5400 milliards de dollars de crédits hypothécaires sur 12.000 milliards au total aux Etats-Unis.

24. Il faut ajouter que les banques chinoises ont pris des positions à hauteur de 400 à 500 milliards de dollars dans ces deux sociétés. Les banques japonaises ont aussi pris des positions dans ces deux géants de l’immobilier américain. Les banques russes - également très engagées dans ces deux institutions - vont rapidement réduire les leurs à 30 milliards de dollars. Les autorités chinoises, quant à elles, attendent donc du gouvernement américain qu’il assure la stabilité de leurs placements. Et elles ont de sérieux arguments à faire valoir !

25. Le gouvernement des Etats-Unis est en effet désireux de ne pas décevoir ces importants bailleurs de fonds car ce sont principalement les investisseurs asiatiques, chinois et japonais, qui financent le déficit commercial et les déficits publics des Etats-Unis ; ces investisseurs sont non seulement fortement engagés dans les obligations de Fannie Mae et Freddie Mac mais sont aussi de grands acheteurs des bons du trésor américains.

26. On voit bien ici à quel point les économies mondiales sont aujourd’hui étroitement imbriquées. Les excédents chinois, bien loin de s’investir dans la production de biens et de services en Chine même (les risques de surproduction sont très élevés compte tenu du pouvoir d’achat relativement bas de la population chinoise) ou encore de s’investir dans la construction d’infrastructures ou dans la lutte contre la pollution, viennent au contraire s’investir massivement dans l’achat de bons du trésor américain qui procurent des rendements réguliers et sûrs.

27. Les excédents chinois contribuent donc à financer les déficits américains ; ils alimentent ainsi une consommation basée sur un très fort taux d’endettement de la population américaine ; car c’est de cet endettement que dépendent en définitive les exportations de biens et de services des entreprises établies en Chine (la Chine comme atelier du monde).

28. On comprend aussi, par cet exemple, qu’il ne saurait y avoir de découplage qui tienne dans la crise actuelle : la Chine sera aussi touchée et lourdement par la récession mondiale ; même si une certaine croissance s’y maintient, elle tombera en-dessous de ce qui est considéré comme nécessaire du point de vue du gouvernement chinois pour prévenir des « troubles sociaux », à savoir 8 % de croissance annuelle.

29. Suite à cette intervention du Trésor américain à hauteur de 200 milliards de dollars pour sauver les deux piliers de l’immobilier américain, on constate, contre toute attente, que le dollar continue de s’apprécier sur la lancée de son redressement initié mi-juillet, et cela bien que ce sauvetage ne puisse que creuser le déficit américain et que la Fed ne cesse d’injecter des liquidités dans le système financier et de baisser ses taux d’intérêt.

30. Cette montée du dollar, à première vue paradoxale compte tenu de la crise financière qui fait rage aux Etats-Unis et de la récession qui s’y annonce, trouvera son explication dans un point ultérieur. Les experts peinent à comprendre ce qui se passe car ils appliquent leur schéma traditionnel, à savoir baisse des taux d’intérêt et déficits publics croissants = baisse de la monnaie concernée, mais la crise financière qui bat son plein change tous les paramètres.

Faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers

31. Aux alentours du 10 septembre, il apparaît que la banque d’investissement Lehman Brothers est aux abois. Lehman Brothers détiendrait en effet pour 84 milliards de dollars d’actifs « toxiques » dans son portefeuille. En une semaine, l’action de Lehman Brothers dévisse de 76% :
1er août 2007 : l’action valait 60 dollars ;
12 septembre 2008 : elle ne vaut plus que 3,85 dollars.

32. Dans le cas de Lehman Brothers, le Trésor américain se dit inflexible : il n’ y aura pas d’engagement direct du Trésor ou de la Réserve fédérale sous forme de contributions financières pour sauver cette banque. Henry Paulson, secrétaire au Trésor de l’Administration Bush, se contente de réunir les dirigeants des grandes banques, charge à eux de trouver une solution.

33. Le dimanche 14 septembre, les négociations échouent et le lundi 15 septembre Lehman Brothers est déclarée en faillite. 20’000 employés sont du jour au lendemain sur le carreau. Par contre, on apprend que le PDG de Lehman Brothers s’en va avec 310 millions de dollars et qu’il a octroyé 20 millions de dollars à 3 hauts dirigeants de la banque 4 jours avant la faillite. L’arrogance de ces dirigeants financiers est décidément sans limite !

34. La banque JP Morgan sera accusée plus tard d’avoir précipité la faillite en gelant le vendredi 13 septembre 17 milliards de dollars appartenant à Lehman Brothers, forçant ainsi celle-ci à déposer le bilan le lundi.

35. Il faut ajouter que le secrétaire au Trésor, John Paulson, est lui-même un ancien directeur de la banque d’affaires Goldman Sachs ; on peut donc subodorer que cette dernière ne devait pas être trop fâchée de se débarrasser d’une banque concurrente.

36. On voit par ces deux exemples que la compétition pour la survie fait rage entre les banques dans cette crise financière. Quant au passage sans problème d’une fonction de président de la plus grande banque d’affaires des Etats-Unis à celle de membre du gouvernement chargé du Trésor, il est particulièrement révélateur des relations incestueuses qui existent entre l’oligarchie financière et le gouvernement américain.

37. Dans l’affaire de Lehman Brothers, en plus des considérations précédemment mentionnées, les autorités américaines semblent avoir tenu le raisonnement suivant : contrairement à Bear Stearns, aux deux piliers de l’immobilier (Fannie Mae et Freddie Mac) ou à l’assureur AIG, la faillite de cette banque ne devrait pas mettre pas en danger l’ensemble du système financier mondial ; si nous intervenons à nouveau financièrement pour sauver Lehman Brothers, toutes les banques se sentiront assurées d’être sauvées par l’Etat, quelle que soit l’irresponsabilité dont elles ont fait preuve dans leurs activités. Or, nous ne disposons pas de ressources suffisantes pour renflouer toutes les grandes banques menacées de faillite dans ce contexte de crise financière. Il faut donc laisser agir les lois du marché.

38. On va voir que les autorités financières américaines ont fortement sous-estimé l’impact d’une telle faillite sur le système financier mondial.

Panique sur les marchés financiers

39. Le lundi 15 septembre, à l’annonce de la faillite de Lehman Brothers, c’est la panique sur les marchés financiers. Les bourses dévissent et les épargnants sont de plus en plus inquiets pour leurs dépôts. C’est une onde de choc qui va secouer le système financier mondial. La crise bancaire s’aiguise puissamment avec cette faillite d’une des plus puissantes banques du monde. Le marché interbancaire se fige de manière absolue avec toutes ses conséquences pour l’économie mondiale.

40. La banque anglaise Barclays, qui s’était déclarée intéressée à racheter Lehman Brothers (LB) au moment des tractations précédant la faillite, se précipite pour racheter à bas prix les activités saines de la banque. La transaction se monte à 2 milliards de dollars.

41. « C’est une opportunité unique pour Barclays » s’enthousiasme Bob Diamond, directeur de la banque d’investissement de Barclays. Cette dernière ne paie en effet que l’immobilier et rachète les activités de courtage de LB pour une bouchée de pain. Cela lui permet de redresser sa rentabilité mise à mal par la crise : son profit sera en effet rapporté à un capital racheté à bas prix, donc singulièrement dévalorisé.

42. Dans cette crise, en effet, la plupart des grandes banques sont touchées et subissent des pertes. Dans ce contexte, la concurrence entre les banques se durcit singulièrement. Tandis que certaines luttent pour la survie, d’autres tirent leur épingle du jeu et limitent leurs pertes.

43. Il s’agit pour ces dernières de se positionner en vue de la reprise, de dépecer des banques en faillite en en rachetant pour une bouchée de pain les meilleurs secteurs et de « tuer » les concurrents menacés par un défaut de paiement. La crise agit ainsi comme une gigantesque redistribution des cartes entre les banques.

L’assureur américain AIG aux abois : nouvelle frayeur pour les marchés financiers

44. Au même moment, l’assureur américain AIG, aux abois, accroît lui aussi la peur des marchés financiers. Cet assureur est en effet devenu « une grenade dégoupillée » qu’il faut neutraliser avant qu’il ne fasse sauter tout le système financier. AIG est en effet garant d’un produit structuré : les Credit Default Swaps (CDS).

45. Ces produits structurés ont pour but de s’assurer contre la défaillance d’un emprunteur. Ces instruments financiers ont proliféré entre 2004 et 2008, passant de 6400 milliards de dollars à 62.000 milliards de dollars, soit plus que le produit intérieur brut de tous les pays du monde (54.000 milliards de dollars). A titre de comparaison, on estime à ce moment-là les crédits hypothécaires subprimes à 1000 milliards de dollars.

46. AIG est directement touchée par la faillite de Lehman Brothers. Elle avait assuré une partie des 270 milliards de dollars que coûte la faillite. Pour le gouvernement, il faut donc impérativement sauver AIG. La facture de ce nouveau sauvetage pour le Trésor américain se monte à 85 milliards de dollars.

47. Par la suite, en novembre, le Trésor des Etats-Unis sera contraint d’intervenir une seconde fois, portant la facture totale pour le sauvetage d’AIG à 150 milliards de dollars, puis 180 milliards de dollars. Pour rembourser les premiers 85 milliards de dollars, AIG doit vendre à découpe les meilleurs morceaux, une bonne affaire pour l’assureur français AXA.

48. Ce sauvetage sur fonds public n’empêche nullement AIG en octobre de financer pour ses cadres un voyage pour participer à une chasse à courre en Angleterre ! En septembre déjà, nonobstant la situation critique dans laquelle le groupe se trouvait, AIG avait offert des vacances somptueuses en Californie à ses meilleurs cadres commerciaux !

49. Peu après, on apprend que la banque d’affaires Merill Lynch en quasi-faillite est reprise par Bank of America. Cette dernière – plombée par les pertes de Merrill Lynch - annoncera en décembre 35 000 suppressions d’emplois sur 3 ans « pour supprimer les doublons et renforcer ses positions pour affronter la crise financière mondiale ». Dans le cas de Merrill Lynch, il apparaît que le Trésor américain est intervenu énergiquement auprès de Bank of America pour qu’elle reprenne cet établissement.

50. Ainsi, en quelques mois, les 5 grands établissements d’affaires de Wall Street ont disparu du paysage. Bear Stearns a été rachetée en mars pour un montant symbolique par JP Morgan Chase, Lehman Brothers a fait faillite et Merrill Lynch est repris par Bank of America. Seuls subsistent donc Goldman Sachs et Morgan Stanley qui se placent sous l’aile du gouvernement et demandent un changement de leur statut pour leur permettre d’intervenir aussi comme banques commerciales.

51. Fin septembre, c’est au tour du géant de l’épargne américain Washington Mutual de faire faillite. Il sera repris en définitive par JP Morgan Chase. Enfin, à peu près au même moment, on apprend que Wachovia, la 4ème banque américaine, est en difficulté et cherche un repreneur. Le gouvernement organise son sauvetage par Citigroup, pourtant en piètre situation. Finalement, après diverses tribulations, ce sera Wells Fargo qui reprendra Wachovia.

Les banques européennes dans la tourmente

52. Les banques européennes sont elles aussi sérieusement secouées par le séisme provoqué par la faillite de Lehman Brothers :

53. En Angleterre, la panique autour de Halifax Bank of Scotland (HBOS), force le gouvernement à trouver des solutions d’urgence, en proposant la fusion de cette banque avec Lloyd’s. HBOS a perdu 75 % de sa valeur boursière sur un an et a encore dévissé mi-septembre. Or, HBOS est le 1er prêteur immobilier de Grande Bretagne avec 20% du total des prêts de ce secteur. Cette fusion de HBOS et Lloyd’s donne naissance à un mastodonte de 142.000 employé-e-s, qui concentre près de 28 % des prêts immobiliers dans ce pays.

54. Puis, c’est au tour de la banque Bradford & Bingley, spécialisée dans les crédits hypothécaires, d’être secourue par les autorités anglaises.

55. On commence alors à comprendre que la crise immobilière ne se circonscrit plus désormais aux seuls Etats-Unis. La Grande Bretagne, l’Espagne, L’Irlande, l’Italie et la France sont aussi touchées par cette crise immobilière, à des degrés inégaux cependant. En Grande-Bretagne, ce sont 75.000 familles qui sont menacées d’expulsion de leur logement pour défaut de paiement.

56. Fin septembre, la banque néerlando-belge Fortis plonge à son tour. Elle est démantelée pour être sauvée par les gouvernements hollandais et belge. L’essentiel des activités de Fortis aux Pays-Bas est cédée à l’Etat néerlandais.

57. BNP Paribas se précipite de son côté au chevet de Fortis pour racheter les meilleurs secteurs des activités franco-belge. C’est une magnifique affaire pour Paribas qui peut racheter pour 15 milliards euros la banque Fortis qui en valait 50 quelques semaines avant.

58. BNP Paribas a bon espoir de devenir ainsi la 1ère banque de dépôt de la zone euros ; c’est sans compter avec les petits actionnaires de Fortis mécontents. En décembre, la justice belge va ainsi bloquer l’opération, en faisant droit à la plainte des petits actionnaires de Fortis s’estimant lésés par cette reprise.

59. Cela va provoquer une crise politique en Belgique, le chef du gouvernement et l’un de ses ministres étant accusés d’avoir tenté de faire pression sur la justice pour qu’elle entérine l’opération et déboute les petits actionnaires. Un nouveau premier ministre est nommé [3].

60. Puis, c’est au tour de la banque franco-belge Dexia, banques des collectivités locales françaises et belges d’annoncer qu’elle est au bord de la faillite. Le gouvernement belge est ainsi contraint de procéder à 2 sauvetages en 36 heures. C’est le stress !

61. Tous ces problèmes n’empêchent pas Fortis, tout comme Dexia, d’offrir un grand raout à leurs cadres dans la même période.

62. En Allemagne, le gouvernement est contraint de se porter au secours de Hypo Real Estate. Coût de l’opération : 35 milliards d’euro (le coût total de ce sauvetage sera finalement estimé à 92 milliards d’euros en janvier 2009).

Le marché interbancaire se fige : l’activité économique menacée de paralysie

63. Avec la faillite de Lehman Brothers, la crise des subprime déborde désormais clairement le cadre des crédits immobiliers et met en question le système financier mondial. Les banquiers du monde entier sont en état d’alerte maximum. La crise financière prend des dimensions jamais vues depuis la dépression de 1929.

64. Les Banques centrales ont beau injecter sans discontinuer des liquidités sur les marchés et baisser à qui mieux mieux leur taux d’intérêt, rien n’y fait. Ces interventions sont même « anxiogènes », elles accroissent les peurs et font donc – de ce point de vue - effet contraire.

65. Les banques ne veulent plus se prêter les unes aux autres car elles se suspectent mutuellement d’être touchées par la crise des subprime et de détenir dans leur portefeuille d’importantes quantités de titres « toxiques ».

66. Cet assèchement des crédits interbancaires se traduit par une montée en flèche du taux d’intérêt interbancaire lequel s’établit 3 ou 4 points au-dessus du taux d’intérêt directeur. Cette situation débouche sur une contraction brutale des crédits aux entreprises et au ménages. Toute l’activité économique est ainsi menacée de paralysie.

67. Autant, dans leur soif de profit, les banques ont prêté sans discernement et sans mesurer les risques durant la période qui a précédé la crise, autant elles tendent au contraire à fermer le robinet du crédit ou à assortir celui-ci à des conditions draconiennes après l’éclatement de celle-ci. C’est indiscutablement un facteur d’amplification de la crise et d’extension de la crise financière au reste de l’économie.

68. Dans ce contexte de chute de la demande mondiale, en effet, même des projets d’investissement qui pourraient paraître rationnels et prometteurs en « période normale » paraissent désormais aventureux et risqués aux banquiers. Tout tend à se contracter et à baisser, tout concourt à entraîner l’économie mondiale dans la spirale négative d’une crise de plus en plus incontrôlable.

C. Interventions massives des Etats pour sauver les banques et le système financier mondial

Le plan Paulson : 700 milliards de dollars pour soutenir les banques

69. Le 19 septembre, suite à la panique causée sur les marchés financiers (et parmi les petits épargnants) par la faillite de Lehman Brothers, le secrétaire d’Etat au Trésor américain Henry Paulson annonce un plan de sauvetage des banques et du système financier à hauteur de 700 milliards de dollars.

70. Ainsi, alors qu’il n’est pas possible de réunir annuellement 80 milliards à l’échelle mondiale pour lutter contre les fléaux qui accablent les populations des pays du Sud (famine, manque d’eau potable, maladies, analphabétisme, pauvreté, etc.), voire même 30 milliards de dollars pour résoudre les problèmes de la faim dans le monde comme le demande l’agence spécialisée de l’ONU, la Food Agricultural Organisation, d’un seul coup, d’un seul, quand il s’agit de sauver ce système financier totalement prédateur et de renflouer les banques, les Etats-Unis sortent de leur manche 700 milliards de dollars !

71. Ce ne sera d’ailleurs pas le seul plan de sauvetage, d’autres suivront, à coup de centaines, voire de milliers de milliards de dollars ou d’euros, non seulement aux Etats-Unis, [4] mais aussi en Europe [5] et au Japon. Quand il s’agit des banques, les gouvernements des pays industrialisés sont décidément prêts à tous les sacrifices !

72. Mais revenons à notre chronique : le plan Paulson vise à sauver le système bancaire américain et à débloquer les crédits interbancaires (et le crédit en général). Henry Paulson laisse entendre que le Tresor américain pourrait reprendre à sa charge les actifs « toxiques » contenus dans le portefeuille des grandes banques. Les bourses sont euphoriques même si certains analystes commencent à se demander qui paiera l’addition.

73. Le 19 septembre toujours, les gouvernements européens saluent le plan de sauvetage du Trésor américain mais rejettent l’idée d’un plan de sauvetage similaire en Europe ; ils considèrent qu’un tel plan n’est pas nécessaire sur le vieux continent ; ils sous-estiment ainsi de manière manifeste la gravité de la crise en cours.

74. Une semaine plus tard, en effet, les gouvernements européens, confrontés à une crise financière qui se propage à grande vitesse, seront contraints d’opérer un virage à 180 ° et de voler au secours de leurs banques, certaines étant en grande difficulté.

75. C’est dans l’euphorie que les marchés boursiers accueillent le plan Paulson : les indices boursiers bondissent dans le monde entier, de 7 à 9%. Dès lundi 22 septembre, toutefois, les incertitudes sur le contenu du plan provoquent une relative correction sur les marchés.

76. Plusieurs questions se posent en effet : comment estimer la valeur des crédits « pourris » ? comment définir leur périmètre et les séparer des crédits dits « sains » ? Que faire de ces crédits « toxiques » et comment les recycler ? Qui va en définitive payer la facture ?

77. Commentant ce plan, Myret Zaki, journaliste au « Temps », écrit : « pour soulager les établissements financiers de leurs actifs « pourris », il faut évidemment que l’Etat acquière ceux-ci à un prix supérieur au marché. C’est le seul moyen de soutenir le bilan des banques et de réduire leurs amortissements ». [6]

78. Pour elle, l’administration Bush propose en fait au Congrès de financer avec l’argent public un plan qui, en réalité, vise à maintenir la suprématie de Wall Street et à préserver le statut de monnaie internationale du dollar. La facture de ce plan se monte à plus de 2000 dollars par contribuable. [7]

79. Du lundi 22 au vendredi 26 septembre, soit durant la semaine qui suit l’annonce du plan, une fronde se développe parmi les parlementaires, républicains surtout, mais aussi démocrates.

80. Les élus des deux partis sont inondés de lettres de mauvaise humeur : la grande majorité des américains perçoivent ce plan de sauvetage des banques comme un moyen de récompenser, avec leur argent, les financiers de Wall Street qui n’ont cessé de s’enrichir pendant qu’eux-mêmes perdaient leur maison et leur emploi.

81. Les républicains, quant à eux, sont en total porte-à-faux par rapport à leurs convictions : dans le cadre de la campagne pour la présidence, ils font campagne pour des réductions d’impôts et les voilà appelés à voter pour la plus importante -et la plus coûteuse – intervention de l’Etat depuis la grande dépression des années 30.

82. Ce plan va de plus à l’encontre de la culture dominante aux Etats-Unis fondée sur le culte de la liberté individuelle. Il heurte ainsi frontalement les principes néo-libéraux en vigueur depuis Reagan, et désormais archi-dominants, selon lesquels l’Etat ne doit pas intervenir dans l’économie, car « il n’est pas la solution mais au contraire le problème ». Selon cette doctrine, il faut laisser agir les forces du marché et leurs mécanismes auto-régulateurs.

83. C’est pourquoi le président Bush se sent obligé de déclarer : « bien que mon instinct naturel de républicain soit de m’opposer à l’intervention du gouvernement, j’ai décidé de ne pas laisser les actes irresponsables de quelques-uns compromettre la santé financière de tous ».

84. Le problème, évidemment, c’est que c’est tout un système qui est irresponsable, et non simplement « quelques-uns ». Ce que résume dans une tribune du « Monde » Daniel Pinto, un gestionnaire de fonds lucide, qui déclare « notre capitalisme est malade ».

85. Jeudi 25 septembre, Henry Paulson annonce que son plan de 700 milliards de dollars sera découpé en tranches : il y aura d’abord 250 milliards de dollars, ensuite 100 milliards de dollars et ensuite, le reste si nécessaire [8] .

86. Des dispositions portant sur la limitation des rémunérations des dirigeants des banques bénéficiant d’une aide de l’Etat et sur le contrôle de la mise en œuvre du plan sont introduites pour faire passer la pilule [9] .

87. Le suspense sur l’adoption du plan Paulson par le Congrès est alors maximal. L’euphorie des marchés du vendredi 19 septembre a fait place au doute la semaine suivante sur la possibilité de trouver une solution au problème et de la faire voter par le Congrès.

88. Dans cette situation, le président Bush déclare « l’économie est en danger » ; il convoque donc les deux candidats à la présidence pour afficher « une union sacrée » en faveur du plan, ce qu’ils font.

89. Dimanche 28 septembre au soir, juste avant l’ouverture des marchés asiatiques, un accord à l’arraché intervient entre l’administration Bush et les chefs des fractions parlementaires démocrates et républicains. Le contenu du plan Paulson, à l’origine de 3 pages, s’est transformé en un document de 110 pages.

90. Lundi 29 septembre, contre toute attente, le plan de sauvetage des banques est refusé au Congrès par 228 voix contre 205. Deux tiers des représentants républicains et un tiers des démocrates ont voté contre, et ceci malgré les pressions exercées sur eux par le gouvernement ou les chefs de fraction.

91. Le représentant républicain de l’Indiana Mike Pence résume bien le sentiment des opposants : « la liberté économique recouvre la liberté de réussir et d’échouer. Donner au gouvernement fédéral la possibilité de nationaliser pratiquement tous les emprunts suspend cette vérité fondamentale », et il conclut : « si vous êtes venus ici parce que vous croyez au gouvernement limité et au libre marché, votez selon vos convictions ».

92. Le lundi 29 septembre toujours, l’échec du plan Paulson au Congrès se traduit immédiatement par une lourde chute des bourses, dans le monde entier. La décision est d’autant plus mal perçue par les investisseurs et opérateurs financiers que ceux-ci ont le sentiment que la crise bancaire est en train de se propager à toute vitesse en Europe.

93. Jeudi 2 octobre, sous la pression de cette chute des marchés financiers et compte tenu des risques d’une aggravation de la crise financière mondiale, la majorité du Congrès finit par voter, bon gré, mal gré, le plan Paulson.

94. Lundi 6 octobre, malgré ce vote, c’est un « lundi noir », c’est la panique générale sur les places boursières. Toutes les bourses du globe ont plongé de 7 à 10 % dans cette seule journée.

95. Le vendredi 10 octobre est marqué par une nouvelle chute des bourses mondiales. L’impuissance des gouvernements à juguler la crise affole les marchés financiers. Durant la semaine du 6 au 10 octobre, les indices boursiers dans le monde entier vont ainsi perdre entre 20 et 30 % de leur valeur ; c’est « un bain de sang » disent les analystes financiers, une énorme destruction de capital.

96. Vendredi 10 octobre, toujours, lors du sommet des ministres des finances du G7 à Washington, Henry Paulson déclare qu’il va infléchir son plan en s’inspirant du concept du britannique Gordon Brown qui préconise pour sauver les banques européennes, désormais en pleine tourmente, une recapitalisation directe par l’Etat.

97. Mardi 14 octobre : Henri Paulson annonce la nouvelle mouture de son plan : la structure de « défaisance » qui devait accueillir les crédits « pourris » rachetés aux banques se transforme ainsi en un plan de participation du gouvernement dans les banques à hauteur de 250 milliards dans un premier temps. Une partie du plan sera destinée à une recapitalisation des banques afin d’éviter la répétition de la faillite de Lehman Brothers.

98. La moitié de cette enveloppe, soit 125 milliards de dollars est répartie entre les 7 grandes banques suivantes : Citigroup, JP Morgan Chase, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Wells Fargo, Bank of America, Merrill Lynch, et deux banques plus petites : Bank of New York et State Street.

99. Ces 9 institutions bancaires vont voir l’Etat entrer dans leur capital. Henry Paulson déclare alors : « c’est avec regret que nous prenons cette mesure ; nous aurions souhaité ne jamais avoir à agir de la sorte mais nous y sommes contraints afin de restaurer la confiance en notre système financier ».

100. Toute cette valse hésitation, et les contradictions très vives qui se sont manifestées au Congrès à propos de ce plan, témoignent des difficultés que rencontrent les classes dominantes dans leurs efforts pour juguler la crise.

101. Il ne s’agit en effet nullement d’une simple crise financière ou d’un simple recul conjoncturel. Il s’agit en fait d’une crise globale du système dont la crise des subprime n’a été que l’élément déclencheur.

102. Elle se traduit par une crise financière d’une ampleur inconnue jusqu’ici, doublée d’une récession en passe de se transformer en dépression mondiale. Et cette dernière, tel un boomerang, fait retour avec violence sur le système financier mondial, dont elle ne cesse d’aggraver la crise.

103. La pression sur le système financier s’accentue donc sans discontinuer, rendant vains – en tous cas dans cette phase - tous les efforts des autorités monétaires et des gouvernements au niveau mondial pour maîtriser la situation.

Les gouvernements européens contraints, eux-aussi, de voler au secours de leurs banques

104. Le vendredi 26 septembre, soit une semaine après l’annonce du plan Paulson, la tempête boursière autour de la banque belgo-néerlandaise Fortis marque l’entrée des banques européennes dans la tourmente. Outre Fortis, la banque franco-belge Dexia, la banque anglaise Bradford & Bingley et la banque allemande Hypo Real Estate sont en grande difficulté.

105. L’aggravation de la crise financière aux Etats-Unis, la défaillance de Lehman Brothers, d’AIG et de Washington Mutual fragilisent en effet les comptes de plusieurs banques européennes déjà grevés par des pertes directes sur les subprimes.

106. La crise bancaire se propage à toute vitesse en Europe et la spéculation amplifie le phénomène. Les valeurs bancaires européennes sont en effet attaquées à la baisse.

107. Les gouvernements européens qui saluaient une semaine auparavant le plan Paulson tout en déclarant qu’un plan de sauvetage des banques européennes n’était pas nécessaire sont alors contraints d’opérer un virage à 180 ° et de voler au secours de leurs banques.

108. Ils craignent que les fonds spéculatifs qui jusque là s’étaient concentrés sur les banques américaines jettent leur dévolu sur les établissements européens, fassent plonger leurs cours en bourse et provoquent des crises de confiance aboutissant à des crises de solvabilité des banques.

109. Les autorités des différents pays s’organisent donc en catastrophe durant la semaine du 29 septembre au 3 octobre pour empêcher le pire et pouvoir faire face cas échéant à un scénario de panique bancaire qui précipiterait les déposants aux guichets des banques pour retirer tous en même temps leur argent.

110. L’Union Européenne veut donc à tout prix enrayer la panique qui se fait jour parmi les petits épargnants. Elle veut aussi débloquer le crédit interbancaire et le « credit crunch », à savoir le « grippage » du crédit aux entreprises et aux ménages.

111. Une contradiction apparaît alors entre la France qui voudrait créer un fonds de soutien européen aux banques doté de 300 milliards d’euros et l’Allemagne qui se prononce pour des mesures nationales, mais « coordonnées ». C’est la position allemande qui s’impose. Elle sera à l’origine d’une cacophonie persistante entre les Etats européens et d’un fossé croissant entre pays riches et pays moins développés au sein de l’Union Européenne.

112. Les 4/5 octobre, les 4 principaux pays européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie) se réunissent en urgence à Paris, à l’initiative du président de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, pour un mini-sommet. Ils se disent prêts à prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir la stabilité du système bancaire et prennent la résolution d’agir au niveau national, mais de façon « coordonnée ».

113. Ils se prononcent pour une flexibilité en matière d’application des règles de la concurrence et du pacte de stabilité européens [10], pour des règles sur la protection des épargnants harmonisées et pour un contrôle renforcé sur les fonds spéculatifs et les agences de notation.

114. Ils se prononcent enfin pour l’organisation rapide d’un sommet mondial « visant à une réforme efficace et complète du système financier mondial ». Ils obtiendront du gouvernement Bush la convocation en novembre aux Etats-Unis du premier sommet du G20.

115. Dimanche 12 octobre, les 15 pays de la zone euro auxquels se joint Gordon Brown, se réunissent en catastrophe à Paris. Il y a urgence, car les bourses mondiales ont vécu le 6 octobre leur « lundi noir », doublé le le 10 octobre d’un « vendredi noir » ; elles viennent de perdre en une semaine de 20 à 30 % de leur valeur, aggravant ainsi la crise financière et bancaire.

116. De plus, le « chacun pour soi » menace la cohésion de l’Union Européenne. L’Irlande vient ainsi de faire cavalier seul en décidant unilatéralement de garantir pendant deux ans la totalité des dépôts dans les banques irlandaises à hauteur de 2 fois son produit intérieur brut.

117. Le britannique Gordon Brown est furieux : il vient d’annoncer que la garantie des dépôts serait portée de 35.000 à 50.000 £, et la décision irlandaise le met en porte-à-faux. D’autant que les banques anglaises établies en Irlande sont exclues du plan irlandais et crient à la distorsion de la concurrence.

118. Lors du sommet de Paris, les chefs d’Etat adoptent un plan d’aide aux banques européennes qui consiste en une multitude de plans nationaux coordonnés, à hauteur de 1800 milliards d’euros au total, appuyés par une intervention massive des banques centrales.

119. Les sommes « allouées » - ou les garanties accordées - pour mettre en œuvre ce « cadre commun » sont les suivantes, pour les plus importantes : Allemagne : 480 milliards d’euros ; Grande-Bretagne : 380 milliards ; France : 360 milliards ; Espagne 100 milliards ; Autriche : 100 milliards ; Italie : 110 milliards d’euros.

120. Lundi 13 octobre, ces décisions font s’envoler les indices boursiers ; les marchés financiers s’enthousiasment pour ces plans à hauteur de centaines de milliards de dollars ficelés par les pays européens pour sauver le système bancaire. Suite aux décisions prises à Washington dans le cadre d’un sommet du G7 des ministres des finances et à Paris par les gouvernements de la zone euro et de la Grande-Bretagne, les bourses affichent ce jour-là des hausses historiques.

121. Les investisseurs sont toutefois étonnés par les discordances qui se font jour au sein de l’Union Européenne et par la politique du « chacun pour soi » puisque c’est à chaque Etat de venir au secours de ses propres banques.

122. Des interrogations commenceront à poindre les jours suivants concernant cette multitude de plans, les Etats nationaux les plus forts pouvant avancer des montants très importants pour sauver leurs propres banques, les Etats plus vulnérables beaucoup moins.

123. C’est le gouvernement allemand qui impose sur ce point sa position : il déclare ne pas vouloir payer pour sauver les banques des pays « dépensiers », à savoir ceux qui ne sont pas dans « les clous » du pacte de stabilité européen.

124. C’est le début d’une « cacophonie » au niveau européen. Elle s’exprimera non seulement sur le plan de sauvetage des banques mais aussi sur le soutien aux économies nationales ; certaines positions « protectionnistes » menacent en effet le marché intérieur sur lequel est fondée l’Union Européenne.

125. Dans l’immédiat, la cacophonie va surtout se manifester au niveau financier : les Etats les plus vulnérables de la zone euro (Grèce, Espagne, Portugal) devront en effet s’acquitter pour leurs emprunts de primes de risques de 3 à 4 points supérieures à celles des pays les plus puissants (Allemagne ou France), ce qui contribuera à aggraver encore leurs difficultés. [11]

126. Ce type de solution renforce ainsi de toute évidence au sein de l’UE les inégalités entre d’une part les pays les plus solides qui peuvent lever de la dette sans problème et pourront rebondir demain pour résorber leurs déficits publics et d’autre part les pays les plus vulnérables dont les finances publiques sont en piteux état et qui devront de plus payer des primes de risque beaucoup plus importantes aux investisseurs pour financer les plans de sauvetage de leurs banques ou leurs plans de relance de l’économie.

Le gouvernement suisse se précipite au secours de l’UBS

127. En Suisse, c’est le 16 octobre, que le Conseil fédéral annonce à la surprise générale un plan de sauvetage de l’Union de Banques Suisse, la principale banque helvétique. Pendant plusieurs semaines, le gouvernement avait soigneusement caché son jeu, déclarant qu’en Suisse les banques n’avaient pas besoin de l’aide de l’Etat pour surmonter la crise financière.

128. Il faut dire que l’UBS, qui s’était fortement implantée aux Etats-Unis où elle ambitionnait de devenir la banque d’affaires n° 1 de Wall Street, n’a pas été prise en compte par le Trésor américain parmi les bénéficiaires potentiels de son plan de sauvetage des banques. Le plan du Trésor américain est exclusivement destiné aux banques américaines. L’Etat américain intervient ainsi de toute sa puissance pour renforcer la position compétitive des banques étatsunienne dans cette lutte pour la survie.

129. L’Union de Banques Suisses est en effet en très grande difficulté : de nombreux clients ont retiré leurs fonds et malgré des dépréciations d’actifs d’environ 50 milliards de francs, elle détient encore en octobre 2008 des dizaines de milliards de dollars « d’actifs toxiques » en portefeuille.

130. De plus, de nombreux clients retirent leur argent et sa capitalisation boursière a chuté de plus de 80 % : la valeur de l’action UBS naguère supérieure à 70 francs est en effet tombée à 12 francs, son plus bas en 2008 [12] ; enfin, les autres banques – notamment helvétiques – lui refusent tout crédit interbancaire, craignant que l’UBS ne coule et qu’elles ne revoient plus la couleur de leur prêt.

131. Selon le plan de sauvetage du gouvernement suisse, le bilan de l’UBS sera déchargé de 60 milliards de dollars « d’actifs toxiques » financés à hauteur de 54 milliards de dollars par la Banque Nationale Suisse. Ces fonds seront transférés dans une société de portage originellement sise aux Iles Caïman, un paradis fiscal. Par ailleurs, la Confédération accordera à l’UBS un prêt de 6 milliards de frs. suisse au taux de 12 % pour renflouer les fonds propres de la banque.

132. Ce plan est imposé de manière parfaitement anti-démocratique par le gouvernement suisse, sans le moindre débat parlementaire ; de plus, il n’est assorti d’aucune condition. L’Etat ne s’est pas donné le moindre moyen de contrôler les décisions de la direction de l’UBS, sur quelque point que ce soit, par exemple entrée de représentants de l’Etat dans le Conseil d’administration d’UBS ou encore fixation de plafond pour les bonus. De nombreux observateurs considèrent que ce plan a été directement concocté par l’UBS elle-même.

133. Il faut souligner qu’aucune des 5 principales formations politiques du pays n’a formulé le moindre désaccord de principe sur l’opportunité de ce plan de sauvetage.

134. C’est en effet « l’union sacrée » pour sauver l’UBS, au motif qu’un naufrage de l’UBS conduirait l’économie suisse à la catastrophe. Les seuls désaccords qu’ont exprimé les partis de gauche (parti socialiste et verts) portent uniquement sur l’absence de toute condition à ce plan de sauvetage et sur son caractère anti-démocratique, sans débat préalable aux chambres fédérales.

135. Aucun parti ne met en cause le système qui a conduit à cette situation ou ne fait valoir que ce sauvetage des banques à l’échelle mondiale ne pourra qu’aggraver la crise sociale, en raison de la pression que la finance – ainsi renflouée - va exercer de manière renforcée au plan mondial pour redresser la rentabilité des capitaux accumulés.

136. Voilà donc une banque qui s’est gorgée de profits pendant des années sur ce secteur des crédits subprimes au détriment des catégories les plus pauvres des Etats-Unis, mais tous les partis approuvent en chœur le principe de son sauvetage sur fonds publics, faisant valoir le désastre qu’un naufrage de l’UBS ferait courir à l’économie nationale. Dans tous les pays, ce sera la même chanson.

137. On débloque ainsi sans problèmes 69 milliards de frs pour sauver l’UBS, alors même que le Conseil fédéral continue de mettre en œuvre des politiques d’économies drastiques au détriment des assurances sociales et des budgets publics (notamment la santé et l’éducation). Sans compter qu’un nouveau plan de sauvetage de l’UBS n’est nullement exclu.

138. En février 2009, L’UBS annoncera en effet une perte de 20 milliards de frs sur l’exercice 2008, dont plus de 8 milliards sur le seul 4ème trimestre, et 2000 suppressions d’emplois supplémentaires, portant ainsi le total à 11.000 suppressions d’emplois depuis le début de la crise. L’autre grande banque suisse, le Crédit suisse « limitera » sa perte à 8 milliards mais supprimera quand même 5300 emplois.

Les Etats tentent de coordonner leurs efforts pour tenter de maîtriser la crise Les banques centrales interviennent de concert pour combattre la crise ; Premier sommet du G 20 à mi-novembre à Washington

139. Depuis l’éclatement de la crise, les Banques centrales des pays industrialisés (Réserve fédérale américaine, Banque d’Angleterre, Banque centrale européenne, Banque du Japon, Banque Nationale suisse, en particulier) se concertent et interviennent de manière coordonnée pour injecter des liquidités dans le système financier ; à partir d’août 2008, c’est de concert qu’elles s’engagent dans un processus de réduction de leur taux d’intérêt directeur.

140. A noter cependant qu’en juillet 2008, la Banque Centrale Européenne avait relevé son taux, considérant encore à ce moment-là que l’inflation était la principale menace pour l’économie mondiale. Cette décision avait suscité de nombreuses critiques parmi les économistes qui pressentaient le retournement de situation et considéraient la récession comme imminente.

141. Face à l’aggravation de la crise financière, doublée de la menace d’une récession mondiale d’une ampleur inconnue depuis 80 ans, les principaux gouvernements de la planète éprouvent le besoin de se rencontrer pour débattre des solutions à mettre en œuvre pour juguler cette crise et prévenir la répétition de ce type de crises financières. Il s’agit aussi de coordonner les efforts pour affronter la crise qui frappe l’économie mondiale.

142. Un sommet du G20 est ainsi organisé le 15 novembre à Washington à l’initiative des pays de l’Union européenne. Il comprend non seulement les membres du G8, mais aussi les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, etc.).

143. Ce sommet se tient juste après l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, mais deux mois avant sa prise de fonction. C’est donc George Bush, un président désormais pratiquement sans pouvoir qui représente les Etats-Unis lors de ce G20. Deux points lui tiennent cependant à coeur : la défense de « l’économie de marché » et le refus du protectionnisme.

144. Le sommet du G20, malgré les déclarations fracassantes de Nicolas Sarkozy, [13] président de l’Union Européenne, peu avant sa tenue, débouche ainsi sur quatre déclarations de principe tout ce qu’il y a de plus vague (relance coordonnée de l’économie par des mesures budgétaires ; amélioration de la régulation des marchés financiers ; ouverture de la gouvernance économique mondiale aux pays émergents ; refus du protectionnisme) et un plan d’action dont le but est tout aussi vague (« remédier aux défaillances du système financier ») ; il s’agit de donner l’impression que le sommet a débouché sur des mesures effectives et que les gouvernements sont en capacité de maîtriser la situation.

145. Un nouveau sommet du G20 est agendé le 2 avril 2009 à Londres pour faire le point sur la crise et coordonner l’action des Etats pour tenter de juguler la crise.

D. Quelques considérations sur l’intervention des Etats dans cette crise

La bourse dicte ses volonté aux gouvernements ; la fraction des classes dominantes liée à la finance est hégémonique dans la sphère politique

146. Début novembre, des analystes évaluent à 8.000 milliards de dollars le coût total de toutes ces opérations de sauvetage du système financier dans le monde. Gageons que la facture s’est singulièrement alourdie depuis lors, compte tenu des plans de relance économique qui se sont ajoutés aux plans de sauvetage des banques.

147. Mais le comble, dans toute cette affaire, c’est qu’en Europe comme aux Etats-Unis, les banques d’affaires se font grassement payer pour mettre sur pied ces plans de sauvetage gouvernementaux, à elles destinés. Ce sont elles, en effet, qui sont mandatées par les Etats pour « mettre en musique » ces plans. Compétences techniques obligent ! On peut donc compter sur elles pour ne pas se sacrifier sur l’autel de l’intérêt général !

148. Une chose est sûre, suite à tous ces plans de sauvetage des Etats : au sein des classes dominantes, c’est désormais clairement la fraction liée à la finance qui est hégémonique politiquement, et non plus la fraction industrielle. Cette dernière englobe avant tout les PME, car les multinationales – y compris industrielles - réalisent elles-aussi désormais une grande partie de leurs profits sur les marchés financiers. Ces multinationales sont elles-aussi des centres d’accumulation de capital financier.

149. Avec tous ces plans de sauvetage des banques, comme le dit Myret Zaki dans « Le Temps », on voit que le pouvoir réside désormais dans la finance et que c’est la bourse qui dicte ses volontés aux gouvernements. Non seulement, les managers des banques et des institutions financières à l’origine de cette crise financière mondiale n’encourent aucune sanction pour l’irresponsabilité dont ils ont fait preuve pendant des années pour assouvir leur soif de profit, mais ils sont sauvés et renfloués : c’est le règne de l’impunité, et le signal qu’ils peuvent recommencer à spéculer et parasiter les économies du monde entier pour se rentabiliser.

Le modèle néo-libéral en question

Les néo-libéraux contraints d’approuver - la mort dans l’âme - l’intervention des Etats pour sauver le système financier

150. Les néo-libéraux, quant à eux, sont totalement pris à contre-pied. Leur modèle est sérieusement ébranlé par la crise mondiale. Vu la gravité de la crise financière, les plus réalistes et les plus pragmatiques d’entre eux ne peuvent qu’approuver – quoique à contre-cœur - une intervention de l’Etat car il s’agit en toute priorité dans une telle situation de sauver les banques et le système financier mondial.

151. Pour eux, l’intervention de l’Etat est donc un mal nécessaire, un moindre mal, dans cette situation de crise globale. C’est la position par exemple de la Neue Zürcher Zeitung, l’organe de la grande bourgeoisie suisse, qui s’est toujours fait le chantre des positions néo-libérales.

152. En même temps, les néo-libéraux sont en total porte-à-faux par rapport à leur doctrine qui postule un refus de principe des interventions de l’Etat dans l’économie privée : selon leur credo, une telle intervention ne peut que perturber les mécanismes auto-correcteurs – donc auto-régulateurs - des marchés. On connaît la boutade de Reagan, selon laquelle « l’Etat n’est pas la solution, mais le problème ».

153. C’est pourquoi, pour ces milieux, les interventions des Etats ne doivent être que temporaires ; après quoi, l’Etat devra se retirer pour permettre aux marchés – en particulier aux marchés financiers - de fonctionner à nouveau « librement », avec peut-être quelques mesures de régulation qu’ils acceptent du bout des lèvres, tout en se promettant de les contourner à la première occasion.

154. Les milieux néo-libéraux qui demeurent hégémoniques au sein des classes dominantes craignent en effet que si les gouvernements entrent dans les banques à la faveur de leur action pour les recapitaliser, ils y restent et y imposent leurs conditions. Ils craignent en particulier de se voir imposer sous la pression populaire des mesures totalement contraires à leurs intérêts.

155. Comme on l’a vu dans le débat sur le plan de sauvetage des banques au Congrès, et comme on le verra aussi en février 2009 à propos des bonus de Wall Street, en particulier ceux versés par l’assureur AIG à ses dirigeants, les représentants au Congrès sont très sensibles au mécontentement, voire à la colère qu’expriment leurs électeurs sur ces questions.

153. L’oligarchie financière, quant à elle, ne veut pas entendre parler d’une quelconque nationalisation des banques ; elle s’organise de plus pour vider de tout contenu les mesures de limitation des rémunérations des cadres dirigeants des banques aidées par l’Etat.

154. Les néo-libéraux commencent néanmoins à se défendre des accusations de faillite du marché. Ils contre-attaquent en rejetant la responsabilité de la crise sur l’Etat, en l’occurrence la Reserve fédérale américaine qui a baissé les taux d’intérêt à 1% et favorisé « la bulle immobilière », bien qu’il soit évident que la Fed a adopté ces politiques de connivence avec les marchés financiers, et même sous leur pression.

La crise aiguise toutes les contradictions au sein des classes dominantes

155. La crise tend à aiguiser toutes les contradictions au sein des classes dominantes ; ces dernières sont certes unanimes – au niveau mondial - pour faire porter le poids de la crise sur les salariés et les populations ; elles s’efforcent simplement de prévenir des troubles sociaux, tout en se préparant à affronter ce genre de situation en renforçant leurs moyens de répression.

156. Par contre, les classes dominantes sont clairement affaiblies au niveau mondial face à cette crise, laquelle est fondamentalement une crise de leur système ; c’est un modèle d’ensemble qui est aujourd’hui en question par cette crise aux dimensions multiples. Les classes dominantes sont de plus profondément divisées sur les réponses à apporter à la crise financière et à la récession mondiale.

157. Citons en vrac :
- Les contradictions très vives qui sont apparues au Congrès américain sur le plan de sauvetage des banques ;
- Les dissensions qui se sont exprimées en décembre 2008 à propos du plan de sauvetage des trois grands de l’automobile aux Etat-Unis [14] ;
- les vives divergences qui se sont manifestées à propos du coût des plans de sauvetage des banques et autres plans de relance de l’économie, et de leurs conséquences en termes d’endettement et de perte de crédibilité des Etats ;
- les contradictions entre industriels et financiers (cf. en Suisse, les déclarations courroucées de Nick Hayek, directeur de Swatch, au nom de « ceux qui produisent et innovent » contre les « acrobates de la finance »), ainsi qu’entre PME et grandes entreprises ;
- les désaccords entre partisans du protectionnisme et du libre échange (les pays, secteurs et entreprises tournés vers l’exportation militent évidemment pour poursuivre sur la voie de l’abolition des entraves au commerce mondial, tandis que dans cette crise, de plus en plus de gouvernements prennent des mesures pour favoriser les entreprises nationales) ;
- la polarisation et les inégalités croissantes au sein de l’Union Européenne entre pays riches et pays plus vulnérables sur les conditions de financement de leurs emprunts ;
- Les contradictions qui apparaissent entre les Etats-Unis et les pays qui, comme la Chine, remettent en cause la suprématie du dollar et la main-mise des pays industrialisés sur les institutions financières mondiales ;
- Les contradictions qui se sont exprimées au niveau international sur la question des paradis fiscaux et de l’évasion fiscale.

Est-ce la mort du néo-libéralisme ? La gauche le pense, à tort !

158. Certains à gauche ont tendance à penser que la faillite de la doctrine néo-libérale signifie que le néo-libéralisme est désormais mort et enterré et qu’une page blanche se présente (« une fenêtre d’opportunité s’ouvre »), occasion pour nous de faire passer nos revendications.

159. Rien n’est plus faux, certes la doctrine néo-libérale a du plomb dans l’aile, mais le système est toujours là, et les classes dominantes entendent bien répondre à la crise en accélérant leurs politiques de réformes néo-libérales, à savoir privatiser les services publics, réduire les dépenses sociales, supprimer des postes dans la fonction publique, flexibiliser encore plus les conditions de travail.

160. Il faut bien voir en effet que la crise va accentuer toutes les contradictions entre les entreprises et entre pays, car chacun va tendre à renforcer sa compétitivité pour résister à la concurrence et survivre dans cette crise. Il s’agit bien évidemment dans cette lutte pour le profit de redresser les taux de rentabilité du capital. Il est clair par conséquent que toutes les réformes vont tendre à accentuer l’exploitation de la force de travail sur place, à réduire au maximum les coûts sociaux, à élargir les zones de profit, donc les débouchés rentables pour le capital.

161. C’est pourquoi les classes dominantes vont vouloir partout accélérer les réformes néo-libérales, et non pas remettre en question celles-ci ; en même temps elles appelleront à « l’union sacrée », à « faire face tous ensemble à la crise », pour se subordonner – donc affaiblir – les syndicats et partis de gauche, et affronter sur cette base la concurrence internationale. Les classes dominantes savent bien qu’il leur faut désamorcer toute velléité de remettre en cause le système, quitte à prononcer quelques phrases ronflantes par lesquelles elles font mine de prendre en compte le mécontentement populaire et de répondre à la colère qui monte parmi les salarié-e-s.

162. Quand on entend Nicolas Sarkozy, président de l’Union Européenne durant le second semestre 2008, appeler à « refonder le capitalisme », et dans le même temps annoncer 30’000 suppressions d’emplois dans la fonction publique pour élargir la marge de manœuvre de l’Etat français dans cette crise, il y a lieu d’être inquiets. On peut en effet parier que les classes dominantes vont vouloir procéder à des coupes sombres dans les dépenses publiques, particulièrement les dépenses sociales [15], ou imposer à la grande masse de la population des augmentations d’impôt pour participer au sauvetage des banques.

163. A noter que dans ses déclarations, Sarkozy assimile régulièrement les emplois dans le système d’éducation ou de santé à des dépenses de fonctionnement de l’Etat ; il s’agit là d’une conception hautement criticable, parce qu’elle revient à considérer l’économie privée comme seule créatrice de richesses nouvelles, et tous les secteurs de cette économie privée comme participant de cette création de richesses nouvelles, tandis que secteur public est considéré comme globalement à la charge de l’économie privée, donc quasiment parasitaire.

164. Or, il est évident que tant le système d’éducation que le système de santé publics, par exemple, sont éminemment producteurs de richesses nouvelles ; simplement celles-ci sont incorporées dans les personnes en termes d’éducation, d’instruction, de culture ou de santé ; elles ne sont pas accumulables sous forme de capital comme des biens matériels, par exemple, qui représentent du capital marchandise, et ne procurent pas de profit direct pour le capital.

165. Par contre, on peut affirmer que certains secteurs au sein de l’économie privée, une grande partie du système financier par exemple, ne sont absolument pas producteurs de richesses nouvelles, mais qu’ils ne cessent au contraire de pomper sous forme de profits des valeurs créées par le travail humain dans les différentes activités sociales ou issues du pillage des richesses de la nature.

166. Quant aux déclarations tonitruantes de Sarkozy à propos de la refondation du système financier et de la suppression des paradis fiscaux, on nous permettra d’être sceptiques. Le Canard enchaîné nous apprend qu’il y a bien eu des vélléités du côté du ministre français du budget Eric Woerth de s’attaquer à ces paradis fiscaux, mais que le Medef – le centre patronal français - s’y est catégoriquement opposé.

167. Car un problème se pose pour le patronat : pour prendre un exemple, Arcelor – ce géant mondial de la sidérurgie – possède des usines dans le Nord de la France et facture la production au prix coûtant à sa succursale sise au Luxembourg. Et c’est là qu’il déclare les profits, lesquels sont très peu taxés au Luxembourg, contrairement à la France. A ceux qui contestent cette pratique, Arcelor a beau jeu d’agiter la menace de délocalisation et de fermeture de ses sites dans le Nord de la France.

168. Il y a une autre raison pour laquelle le Medef oppose un niet catégorique à ces mesures de suppressions des paradis fiscaux, c’est que les multinationales françaises, en particulier le pétrolier Total, y recourent couramment pour se soustraire à l’imposition des pays pauvres – notamment africains - dans lesquels ils extraient l’or noir. C’est un des mécanismes par lesquels les multinationales des pays riches pillent les richesses des pays pauvres, comme le soulignait Eva Joly, l’ancienne juge, spécialisée dans la lutte contre la corruption et l’argent sale, dans son livre intitulé « La force qui nous manque ».

E. Octobre 2008 : Montée du dollar et du yen ; crise sur le marché des changes ; désordres monétaires

169. En octobre 2008, on apprend que la crise financière, partie des crédits subprime, débouche sur de nouveaux développements, cette fois-ci sur le terrain monétaire. C’est un nouveau point d’entrée pour la transmission de la crise financière à l’économie mondiale.

Montée du dollar

170. En octobre, on constate contre toute attente, que le dollar continue de s’apprécier face à l’euro et aux autres monnaies. Cette montée du billet vert contredit toutes les lois de l’économie : elle intervient malgré l’aggravation prévisible du déficit budgétaire américain suite aux multiples opérations de sauvetage du Trésor américain, et malgré le fait que la Réserve fédérale américaine ne cesse d’injecter des liquidités dans le système financier et de baisser ses taux d’intérêt directeurs.

171. La plupart des analystes prédisaient donc au contraire une baisse du dollar mais la crise change tous les paramètres. Le billet vert s’apprécie et la raison en est simple, aussi paradoxal que ça puisse paraître pour la monnaie d’un pays qui se trouve au cœur de la crise financière : c’est la « fuite vers la qualité » et « l’aversion pour le risque » qui prédominent. La corrélation négative du dollar avec les cours du pétrole se confirme aussi.

172. Les Etats-Unis, avec le sauvetage de Freddie Mac et Fannie Mae, leur intervention énergique pour sauver l’assureur AIG, les interventions très agressives de leur Réserve fédérale en matière de réduction des taux d’intérêt et enfin le plan de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars qu’ils ont proposé les premiers paraissent en effet très déterminés dans leur action de défense du système financier mondial. Beaucoup plus déterminés par exemple que les pays de l’Union Européenne, qui apparaissent au contraire divisés. Bien que la crise soit partie des Etats-Unis, et qu’elle frappe durement ce pays, les investisseurs financiers en concluent que c’est encore aux States que réside la sécurité pour leur capital, et tant pis pour le rendement. A la crise, comme à la crise !

173. Cette remontée du dollar (ainsi que du yen et du franc suisse) dûe notamment au reflux de capitaux vers les Etats-Unis, la Suisse et le Japon, va se traduire dès octobre par une crise des changes touchant un grand nombre de pays qui voient leur monnaie chuter en raison de cette fuite des capitaux vers des places plus sûres.

Crise sur le marché des changes

174. En octobre, il apparaît en effet que la crise financière mondiale a pris une autre dimension et qu’elle débouche aussi désormais sur une crise monétaire de grande ampleur. Des pays se trouvent subitement au bord de la banqueroute, certains doivent être secourus en toute hâte par le Fonds Monétaire international ; citons parmi les pays en difficulté : L’Islande, l’Irlande, la Hongrie, l’Ukraine, les pays baltes, mais aussi la Croatie, l’Albanie et peut être la Serbie, l’Afrique du Sud et l’Argentine.

175. Ces pays sont violemment frappés par le retrait massif de capitaux de la part des investisseurs américains et européens, mais aussi par la fuite des capitaux appartenant à des investisseurs nationaux.

176. Même l’Inde qui avait été l’une des destinations favorites des investisseurs étrangers est désormais victime de retraits massifs de capitaux, et voit en octobre sa monnaie chuter de 27 % par rapport au dollar depuis 2008. Les industries exportatrices souffrent de la baisse de la demande des Etats-Unis, Europe et Japon. Selon les analystes, tourisme, immobilier et infrastructures pourraient licencier massivement.

177. La Russie, frappée elle-aussi, doit procéder à plusieurs dévaluations du rouble et puiser massivement dans son importante réserve de devises pour soutenir sa monnaie, d’autant que les cours du pétrole – donc ses entrées de devises - sont en chute libre.

178. L’Islande est aussi ébranlée par cette crise des changes. Son gouvernement avait promu un modèle de croissance ultra-libéral, fondé sur l’endettement, et les banques irlandaises avaient massivement spéculé sur les produits dérivés. Avec la crise, tout s’est écroulé comme un château de cartes !

179. Mais en octobre 2008, ce sont pour l’essentiel les pays d’Europe centrale et de l’Est qui sont touchés par la crise des changes ; celle-ci va se traduire par :
- une hausse des taux d’intérêts pour tenter de protéger leur monnaie.
- un renchérissement des produits importés.
- un gonflement des dettes de leurs entreprises ou des ménages, souvent libellée en dollars, en euros ou en francs suisses.

180. Tous ces éléments vont entraîner au final une contraction de l’activité économique dans ces pays, doublée de politiques d’austérité très douloureuses pour les populations. Certes, le FMI vient à la rescousse de plusieurs de ces pays (Islande, Ukraine, Pakistan, Hongrie), mais il subordonne ses prêts à des conditions drastiques : restructuration et diminution des dépenses publiques, réduction des dépenses sociales ; on peut s’imaginer les dégâts dans des pays relativement pauvres, dont les populations vont de plus fortement souffrir des effets de la récession (chômage, pressions sur les salaires et les revenus, etc.).

Evolution chaotique sur le marché des changes

181. D’une manière générale, on peut constater sur toute l’année 2008 des évolutions chaotiques et brutales sur les marché des changes. La spéculation sur les monnaies amplifie bien évidemment tous ces phénomènes. Tout cela contribue à accroître les incertitudes et tend à désorganiser l’activité économique, la production et les échanges internationaux.

182. C’est ainsi que l’euro qui caracolait à 1,60 dollar au 15 juillet est redescendu à 1,26 dollar en quelques mois (de 1,65 à 1,43 par rapport au franc suisse). C’est ainsi, également, que le yen s’est très fortement apprécié par rapport au dollar. Ce qui accentue les risques de récession de l’économie nippone, fortement basée sur les exportations. Quant à la livre sterling qui caracolait à 1,50 euro il y a peu, elle est désormais proche de la parité avec l’euro.

183. Pourquoi cette crise sur le marché des changes et quel lien entretient-elle avec la crise financière ? Cette crise des changes est notamment dûe au débouclage en toute hâte des positions d’investisseurs financiers qui ont emprunté dans les pays à très bas taux d’intérêt (Etats-Unis, Japon, Suisse) pour acquérir des titres à hauts rendements dans des pays présentant des risques plus élevés.

184. Dans cette situation de crise, tous ces investisseurs tendent à se replier vers les pays sûrs, même à bas taux d’intérêt ; cette fuite des capitaux précipite ainsi les pays les plus fragiles et vulnérables dans une crise monétaire ; c’est par ce biais que de nombreux pays, qui n’ont strictement rien à voir avec la crise des crédits subprime, vont être entraînés dans la tourmente de la récession mondiale.

185. La crise des changes constitue ainsi un nouveau vecteur, un nouveau point d’entrée, par lequel la crise financière partie des subprime se transmet aux activités de production de biens et service, et débouche sur une récession, voire même une dépression mondiale.

F. Octobre-décembre 2008 : la crise s’aggrave ; elle touche désormais tous les pays, tous les secteurs ; licenciements en masse ; la récession mondiale s’étend et s’approfondit

186. La période d’octobre à fin décembre 2008 est marquée par la dramatique extension de la récession au niveau mondial ; celle-ci apparaît de plus en plus incontrôlable. Tous les efforts des Etats n’y changent rien, ils sont apparemment impuissants à juguler cette crise.

187. Entre octobre et décembre 2008, les annonces de suppressions d’emplois des entreprises se succèdent à un rythme toujours plus rapide ; dans tous les pays, les taux de chômage montent en flèche, les annonces de licenciements massifs se multiplient ; les intérimaires et les personnes engagées pour une durée déterminée sont les premiers touchés (non-renouvellement de missions ou de contrats).

188. Les jeunes, fortement soumis à ces formes de contrats précaires sont tout particulièrement frappés. On savait déjà que le précariat ne permettait pas de former des projets de vie, on voit clairement désormais ce que signifie dans une crise cette forme de flexibilité des conditions de travail. Mais les emplois des salariés engagés pour une durée indéterminée sont eux-aussi de plus en plus attaqués.

189. Partout la crise sociale et la misère se font plus menaçantes : tous les restaurants ou épiceries du cœur, dans tous les pays, enregistrent des affluences records. En Espagne, des chômeurs se demandent de quoi ils pourront bien vivre après avoir épuisé leurs 24 mois d’indemnités de chômage.

190. Aux Etats-Unis, les autorités annoncent 524.000 suppressions d’emplois en décembre 2008, après avoir dû corriger à la hausse les chiffres de novembre (588.000 suppressions de postes, selon leur dernière estimation). En janvier 2009, ce sont cette fois 600.000 emplois qui seront supprimés ! à cette date, les Etats-Unis auront détruit des emplois pour le 13ème mois consécutif et le rythme des suppressions d’emplois s’accélère : durant les 8 premiers mois de 2008, les destructions tournaient autour de 150.000 par mois, depuis octobre, elles sont de 3 à 4 fois supérieures.

191. En prenant en compte les chiffres de janvier 2009, cela porte le chiffre total des suppressions d’emplois aux Etats-Unis depuis début 2008 à 3,6 millions (dont environ 2 millions pour les quatre derniers mois) !

192. Le nombre total de chômeurs aux USA se montait à fin janvier 2009 à 11,6 millions, dont entre 2,5 et 3 millions de chômeurs de longue durée. Le taux de chômage, qui s’établissait encore à 5,7 % en août, puis 6,1 % en septembre, grimpe à 7,2 % à fin décembre 2008, puis à 7,6 % en janvier 2009 ; phénoménal, du jamais vu depuis plus de 30 ans !

193. Et pourtant, ce taux est fortement sous-estimé parce que les allocations de chômage sont limitées à 26 semaines. Une loi prolongeant ce droit à 37 semaines pour certains secteurs vient toutefois d’être votée par le Congrès. Mais qu’est-ce que 37 semaines quand on a affaire non pas à un petit recul conjoncturel, mais à une crise de cette ampleur ?

194. C’est pourquoi le chiffre le plus significatif est celui des demandeurs d’emploi qui s’établissait au total à 17,4 millions aux Etats-Unis en janvier 2009. S’y ajoutent comme le précise « Le Monde » du 8-9 février, 7,8 millions de personnes employées à temps partiel de manière non-volontaire, donc en situation de sous-emploi. En tout, la crise touche donc directement plus de 25 millions de personnes, beaucoup plus si l’on prend en compte les familles.

195. Tous les pays européens, et notamment les cinq principaux (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Espagne) enregistrent une augmentation de leur taux de chômage et se préparent à une année 2009 particulièrement difficile sur ce plan. Quelques exemples :

196. L’Espagne est aujourd’hui le pays européen la plus violemment touché par la crise avec 1 million de suppressions d’emplois sur l’année 2008 ; début octobre, le nombre de personnes au chômage dépassait déjà 3 millions ; on comptait à ce moment 500.000 familles dont tous les membres étaient au chômage [16] . A la fin de l’année, on estimait que plus de 600.000 immigrés avaient perdu leur emploi en 2008.

197. Fin janvier 2009, l’Espagne comptait 400.000 chômeurs/euses supplémentaires, portant ainsi leur nombre à près de 3,5 millions, soit un taux de chômage d’ores et déjà de 14 %. Les analystes prévoient 16 % de taux de chômage pour 2009 et 4 millions de chômeurs, des chiffres qui apparaissent d’ores et déjà sous-estimés.

198. L’Allemagne, la principale puissance économique européenne, connaît aussi une augmentation continue du nombre des chômeurs depuis plusieurs mois. On évaluerait désormais leur nombre à 3,5 millions environ. La production industrielle de ce pays ne cesse de diminuer au fil des mois. Les exportations chutent. Les travailleurs de l’automobile sont contraints au chômage partiel. On estime à 300.000 le nombre total de salariés au chômage partiel. Le pays est lui-aussi plongé dans une grave récession.

199. En Tchéquie, autre pays de l’Union Européenne, la crise a frappé brutalement l’économie du pays. Ce pays avait attiré de nombreuses multinationales, notamment de l’automobile, en raison de salaires notoirement plus bas que dans les pays industriels de l’Europe de l’Ouest (Allemagne et France) et d’une législation ultralibérale du marché du travail.

200. Pour soutenir sa croissance économique, ce pays a fait appel à des milliers de travailleurs Moldaves, Bulgares, Ukrainiens, Vietnamiens ou Mongols appâtés par des promesses de salaires mirobolants, mais au final employés dans des conditions précaires dans l’industrie tchèque. Depuis le déclenchement de la crise, des milliers de ces travailleurs migrant-e-s ont perdu leur emploi et se retrouvent au chômage sans possibilité de percevoir des allocations de chômage ; ils n’y ont pas droit car ils ont été employés par des agences d’interim ; or, la législation du travail – ultra-libérale – ne protège pas les salariés de ces agences contre le risque de chômage.

201. Au Japon, les suppressions d’emplois se multiplient aussi et le taux de chômage grimpe. Un article paru dans « Le Monde » en août 2008, nous apprenait qu’au Japon, un pays longtemps adepte de « l’emploi à vie », 34 % de la main-d’œuvre était désormais soumise à des formes de travail précaire (intérim, contrats à durée déterminée, travail à temps partiel).

202. Après la longue crise de l’économie japonaise dans les années 90, les entreprises japonaises avaient été contraintes de réduire leurs coûts salariaux pour renforcer leur compétitivité au plan mondial. Les milieux patronaux ont donc tout fait pour supprimer les entraves légales ou réglementaires au travail précaire.

203. Résultat : les salaires des précaires – pour la plupart des jeunes - sont inférieurs de 60% à celui des travailleurs « stables », pour un même travail. Avantage supplémentaire pour le patronat : en période de crise, on peut licencier les personnes soumises à ces formes de travail précaires sans bruit et sans annonce, avec des risques minimes de résistance collective : il suffit de ne pas renouveler le contrat ou la mission d’intérim à l’échéance.

204. On apprend de plus qu’au Japon, de nombreux retraités commettent désormais des délits uniquement pour aller en prison : ils peuvent y manger et travailler, on s’occupe d’eux et ils ne sont pas livrés à la solitude !

205. En Inde, bien que cet immense pays ait été touché par la crise plus tardivement et qu’il soit nettement moins dépendant des exportations que la Chine, on évoquait en janvier 2009 le chiffre de 10 millions d’emplois supprimés, un chiffre sans nul doute sous-estimé.

206. En Chine, on annonçait en novembre 2008 la fermeture de 67.000 entreprises. On apprenait aussi que dans certaines usines employant plusieurs milliers d’ouvriers ou d’ouvrières, les patrons avaient fui « à la cloche de bois », emportant avec eux tous leurs avoirs issus des profits antérieurs. Les manifestations et émeutes d’ouvriers/ères réclamant leurs salaires ou protestant contre la suppression de leurs emplois ou la corruption des autorités locales, souvent liées aux directions d’entreprises, se multiplient.

207. On annonce aussi que les migrant-e-s de l’intérieur qui avaient afflué vers les grandes villes ou les régions côtières pour y occuper un emploi non-qualifié, le plus souvent dans la construction pour les hommes, dans les usines pour les femmes, retournent massivement vers les régions rurales de l’arrière pays : chaque jour, en décembre, les gares des grandes villes chinoises étaient bondées de migrants rentrant au pays. Début 2009, on annonçait ainsi que 20 millions de migrants de l’intérieur étaient d’ores et déjà retournés dans leur régions rurales.

208. Il faut savoir qu’avant la crise on estimait à 220 millions environ le nombre de ces migrants de l’intérieur en Chine. Ils étaient privés des droits sociaux dont disposaient les citadins (école et santé gratuite par exemple) et s’entassaient dans les bidonvilles à la périphérie des métropoles urbaines.

209. On parle aujourd’hui de plusieurs dizaines millions d’emplois supprimés dans ce pays. Les autorités sont très nerveuses, elles savent qu’en-dessous de 7 à 8 % de croissance, elles s’exposent à des troubles sociaux. Or, les prévisions ne sont pas très optimistes qui chiffrent la croissance à moins de 7 %.

210. On annonce par ailleurs que plusieurs multinationales américaines ou européennes ont annoncé leur intention de délocaliser leur production dans d’autres pays asiatiques à plus bas salaires encore, en raison d’une récente augmentation des salaires en Chine, elle-même dûe à la rapide augmentation de la demande de main-d’œuvre qualifiée de la part des entreprises. Il ne fait cependant aucun doute que les pressions à la baisse sur les salaires vont reprendre dans ce contexte de chômage de masse.

Tous les secteurs économiques sont touchés

211. A l’exception de l’armement, de la sécurité et, pour 2008, de l’industrie pétrolière, tous les autres secteurs économiques sont touchés par la crise.

212. Le secteur de la construction est durement frappé, tout particulièrement dans les pays en proie à une crise immobilière. La chute d’activité de ce secteur affecte une multitude de métiers ou de branches en amont (matériaux de construction, engins de chantiers, etc.).

213. La crise immobilière ne se circonscrit nullement, en effet, aux seuls Etats-Unis ; on constate aujourd’hui que plusieurs pays européens et non des moindres, sont également affectés par celle-ci, quoique de manière inégale : Irlande, Espagne, Grande-Bretagne, France, Italie.

214. L’Espagne est particulièrement atteinte. La contraction de l’activité dans le bâtiment y est particulièrement brutale et se répercute sur toute l’économie. Il est clair qu’une telle contraction de l’activité entraîne faillites, fermetures d’entreprises, licenciements massifs, suppression des emplois temporaires, chômage. Les travailleurs/euses immigré-e-s non-qualifiés sont violemment frappés par cette chute de l’activité dans la construction et dans toutes les branches connexes.

215. Il faut savoir que c’est le boom de la construction qui est à l’origine de la très forte croissance économique affichée par ce pays ces dernières années. On a plus construit en Espagne en 2006 que dans la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Italie réunies.

216. Aujourd’hui, les banques, confrontées à des difficultés croissantes refusent ou bloquent le financement des projets des promoteurs, et surtout on constate en Espagne une situation de surproduction de logements, non pas en regard des besoins absolus qui sont encore criants, mais en regard des besoins solvables, les seuls qui comptent lorsqu’il s’agit de vendre, c’est-à-dire réaliser la plus-value produite dans le procès de production capitaliste et la convertir en profits.

217. On recense aujourd’hui en Espagne un million de logements vides, tandis que les familles sont obligées de s’entasser dans des appartements trop petits, faute de moyens, surtout parmi les jeunes, pour acquérir un logement.

218. Et même si ces familles voulaient acheter, elles ne trouvent plus de financement auprès des banques, en raison de la montée du chômage. Dans ce nouveau contexte, beaucoup de familles qui ont tenté d’accéder à la propriété de leur logement sont incapables de faire face à leurs échéances et risquent d’être expulsées de leur logement. Les jeunes qui sont principalement touchés par toutes les formes de précarisation du travail sont ainsi dans l’incapacité de former des projets de vie.

219. Dans le Monde du jeudi 23 octobre, on pouvait voir la photo d’une ville entièrement construite dans la banlieue de Madrid avec ce sous-titre : « victime de la bulle immobilière espagnole, cette nouvelle agglomération au nord de Madrid, sortie de terre en 2006, ne compte que 382 habitants, au lieu des 34.000 escomptés ». Elle est de plus privée de commerces et de tous les services collectifs. Les journaux se sont fait l’écho d’autres cas de « villes fantômes » entièrement construites et conçues pour loger 35.000 habitants, et qui n’en abritent en fait que 400.

220. Toujours en Espagne, on apprend que désormais les créanciers recourent aux services d’entreprises spécialisées qui harcèlent les débiteurs qui font défaut et les humilient tant sur leur lieu de travail que d’habitat en se présentant en frac et haut de forme, et en réclamant bruyamment le paiement des arriérés.

221. Le secteur de l’automobile est très durement touché dans le monde entier, mais particulièrement dans les pays industrialisés ; partout les ventes s’effondrent, les plans de restructurations et de suppressions d’emplois se succèdent, tout comme les annonces de fermeture temporaires d’établissements de production et de mise au chômage technique des ouvriers.

222. En Europe, pratiquement toutes les firmes automobiles ont procédé à des fermetures temporaires d’usines et mis des dizaines de milliers de salariés au chômage technique pendant plusieurs semaines ; ces derniers ne perçoivent au mieux que 60 % de leur salaire.

223. En France, à fin 2008, on estimait à 1 million le nombre de voitures en stock chez les constructeurs automobiles. Les restrictions de crédit des banques se répercutent sur les ventes de voiture dans un pays où 70 % des automobiles sont achetées à crédit.

224. Les équipementiers des grands constructeurs autos souffrent aussi, témoin Valéo qui annonce 5000 suppressions d’emplois en décembre. Il faut savoir que désormais seuls 20 % des salariés du secteur de l’automobile sont employés dans les grandes firmes, la plupart du temps sur les chaînes de montage, tous les autres travaillent chez des sous-traitants où les conditions de travail et d’indemnisation en cas de chômage technique sont notoirement plus défavorables.

225. Au Japon, toutes les firmes automobiles sont touchées et Toyota, l’une des firmes les plus dynamiques au monde annonce la première perte de son existence. Elle est non seulement touchée par la réduction de ses ventes mais aussi par les pertes enregistrées dans son secteur financier.

226. Aux Etats-Unis, les « Big Three », à savoir Chrysler, General Motors et Ford sont au bord de la faillite et en sont réduits à quémander auprès du gouvernement et du Congrès une aide d’urgence pour éviter le défaut de paiement. Les analystes parlent de 2 à 3 millions d’emplois aux Etats-Unis qui dépendraient de ces constructeurs, sans compter les effets indirects sur les services (restaurants et hôtellerie, grande distribution, etc.) qui résulteraient d’une telle faillite.

227. A mi-décembre, on apprenait que le Sénat américain venait de refuser un plan de sauvetage des 3 géants de Détroit. Il est intéressant d’examiner les arguments avancés par la fraction républicaine à l’appui de ce refus parce que leurs arguments mettent en évidence les grands enjeux sociaux de cette crise.

228. Les républicains font valoir que ce serait de l’argent jeté par les fenêtres, parce que les usines japonaises qui se sont établies dans le sud des Etats-Unis sont beaucoup plus compétitives, et pour cause, elles paient des salaires plus bas qu’à Détroit, elles ne financent ni caisses de retraite ni assurance-maladie et, ne connaissent pas les syndicats. Les républicains exigent dès lors un plan de restructuration qui attaque frontalement les conditions de travail des salariés des « Big Three ».

229. On voit ainsi quel sera l’un des enjeux de cette crise du point de vue du capital, particulièrement dans les pays industrialisés : aligner vers le bas, et toujours plus vers le bas, les conditions de travail des salariés dans le monde entier, pour restaurer les taux de profit, sérieusement mis à mal par cette crise.

230. Depuis lors, les constructeurs automobiles ont fini par obtenir du gouvernement américain une aide d’urgence qui devrait leur permettre de tenir jusqu’à la fin du premier trimestre 2009. GM et Chrysler doivent cependant présenter un plan de restructuration d’ici fin mars 2009.

231. Le secteur de l’automobile a constitué un secteur-clef pour la croissance des économies des pays industrialisés durant les dernières décennies. Il ne fait dès lors aucun doute que la crise de l’automobile va d’étendre à d’autres secteurs, comme la sidérurgie, l’industrie des machines, l’industrie pneumatique, les transports maritimes et terrestres, la construction navale.

232. Dans un second temps, tous les secteurs des services vont être touchés en raison de la baisse du pouvoir d’achat et de la crainte de l’avenir (hôtellerie et restauration, tourisme, assurances, soins corporels).

233. Prenons encore un exemple, celui du transport maritime dont « Le Monde » du vendredi 24 octobre nous disait qu’il était en situation de surcapacité désormais très importante. Dans la région du Pacifique, entre les pays asiatique et les pays d’Amérique du Nord, on enregistrait déjà début 2008 une régression du trafic maritime de 15 %.

234. Selon cet article du « Monde », Il existe actuellement 700 navires de gros tonnage en activité dans le monde. Ils sont d’ores et déjà en surcapacité. Or il y en a 700 autres en commande, ou en cours de fabrication ! Il est clair que de nombreuses commandes seront annulées. Le Monde parle d’un tiers des commandes qui ne seront pas honorées. On imagine les faillites d’entreprises qui vont se produire, les licenciements en masse voire la fermeture de chantiers navals plus vulnérables, les répercussions sur les branches en amont (production d’acier, etc.), l’incapacité de paiement dans laquelle vont se trouver certaines entreprises qui va accentuer encore le marasme des banques.

235. Pour donner une autre indication concernant la situation de ce secteur, dans un article paru en octobre 2008, on apprenait qu’à fin juillet encore, c’est-à-dire au moment de la flambée des prix de l’énergie et des matières premières, lorqu’un industriel voulait faire transporter du charbon sur un bateau de gros tonnage, l’armateur lui facturait 234.000 dollar par jour ; début octobre, les tarifs étaient tombés à 25.000 dollars ! La pression sur les prix exercée par la crise et la chute de l’activité est donc énorme et ne saurait rester sans effet sur les entreprises, les armateurs et ceux qui les financent.

236. Le choc de la crise sur les activités économiques est donc très violent : l’exemple du transport maritime nous montre bien que le capitalisme en phase de croissance doit être en état de surproduction permanente pour être à même de répondre à chaque fois aux demandes additionnelles de biens de production ou de biens de consommation. Il faut qu’il y ait une production additionnelle de biens de consommation pour répondre cas échéant à une demande additionnelle des populations lorsque leur pouvoir d’achat augmente ; il faut aussi qu’il y ait une production aditionnelle de moyens de production – en l’occurrence des navires - pour répondre aux investissements additionnels des armateurs.

237. Avec cet exemple du trafic maritime, nous voyons bien que toutes les commandes de nouveaux navires émanant des armateurs étaient fondées sur l’hypothèse que la croissance allait se poursuivre au même rythme. C’est sur la base de ces projections que les entreprises ont pris leurs décisions d’engager de nouveaux investissements, en l’occurrence la construction de nouveaux bateaux de gros tonnage.

238. Les effets de la récession vont donc venir se répercuter en retour, tel un boomerang, sur toutes ces activités qui continuaient d’être tournées vers la croissance, tel un paquebot qui a besoin de temps pour changer de direction. Et il faut comprendre que ceci se passe non pas dans une région, mais au niveau mondial. Des entreprises de production vont donc faire faillite ou seront menacées de l’être, des crédits bancaires ne seront pas recouvrés, les banques vont être beaucoup plus restrictives dans l’attribution des crédits. Des entreprises parfaitement viables, mais en mal de liquidités et de trésorerie risquent d’être frappées en plein vol, faute de crédits-relais.

239. Avec ces exemples de la construction, de l’industrie automobile, du transport maritime et des chantiers navals, on pourrait croire que ce sont uniquement des secteurs du bâtiment, de l’extraction, de l’industrie et du transport, à savoir des secteurs traditionnels, qui sont touchés ; rien n’est plus faux : les branches industrielles emblématiques de la modernité sont également touchées de plein fouet par la crise.

240. Citons quelques exemples qui concernent l’industrie informatique :
- Le fabricant d’ordinateur chinois, Lenovo, dont l’action a plongé de 25 % le jeudi 8 janvier annonce ainsi le lendemain 2500 suppressions de postes, soit 11 % de ses effectifs d’ici fin mars.
- EMC, 1er fabricant mondial des systèmes de stockage des données informatique prévoit quant à lui 2400 suppressions de postes.
- Le japonais TDK, leader mondial pour la fabrication des têtes magnétiques utilisés dans les disques de stockage informatique va de son côté supprimer 8.000 emplois dans le monde.
- Dell, n° 2 mondial des PC, en plus de la suppression de 8.000 emplois annoncés en 2008, va délocaliser à Lodz en Pologne sa production d’ordinateurs pour la zone Europe, Afrique, Moyen-Orient : il supprime ainsi 1900 postes sur 3000 dans son usine de Limerick, Irlande.
- IBM pourrait annoncer 16.000 licenciements à fin janvier.
- Microsoft enfin, pourrait annoncer prochainement la suppression de 15.000 postes, soit 17 % de ses effectifs.

241. Ainsi, dans l’industrie, seuls trois secteurs semblent échapper pour l’heure à la crise, ce sont ceux de l’armement, de la sécurité et de l’énergie. Les grandes compagnies pétrolières ont elles-aussi réalisé des bénéfices record pour 2008, profitant notamment de la flambée des prix de l’énergie du 1er semestre. Elles auront nettement plus de difficultés en 2009.

242. Le secteur des services est aussi très fortement touché, surtout le secteur financier. La crise financière débouche sur la suppression de centaines de milliers d’emplois dans les banques et institutions financières. Pour le secteur financier, les analystes prévoient de 1,2 à 1,4 millions d’emplois supprimés dans le monde.

243. Aux Etats-Unis, en novembre, ce sont les services qui ont fourni le plus lourd tribut aux suppressions d’emplois (380.000 sur environ 590.000). Et en décembre, c’est le secteur financier qui a été le plus touché par les suppressions de postes.

244. Citigroup en difficulté a sollicité l’aide de l’Etat et annoncé en décembre 50’000 suppressions d’emplois, en plus des 11’000 auxquels il a procédé durant le 3e trimestre, et la réduction du nombre de ses courtiers de 10’000 à 1000.

245. Bank of America, qui a repris Merrill Lynch en octobre, annonce 35.000 suppressions d’emplois sur 3 ans « pour supprimer les doublons et renforcer ses positions pour affronter la crise financière mondiale ».

246. L’assureur américain AIG a sollicité en novembre une nouvelle aide de l’Etat.

247. Plusieurs banques allemandes et anglaises ont demandé le soutien de leur gouvernement. Royal Bank of Scotland a ainsi annoncé la perte gigantesque de 45 milliards de frs suisses pour l’exercice 2008, et UBS en Suisse s’apprête quant à elle a annoncer une perte de 20 milliards de frs.

248. La grande distribution qu’on pensait relativement solide est désormais touchée de plein fouet : Woolsworth, une institution en Grande-Bretagne est en faillite, ce qui représente 27.000 emplois supprimés.

[1Cf. Eva Joly « La force qui nous manque »

[2Au printemps 2009, on estime même que ce chiffre pourrait bien être descendu à 1200 milliards de dollars.

[3En avril 2009, BNP Paribas arrivera à ses fins sur la base d’un nouveau projet en vertu duquel l’Etat belge assume l’essentiel des charges

[4On parlera en février 2009, dans le cadre de la première mouture du plan de Tim Geithner, nouveau secrétaire au Trésor de l’Administration Obama, de 2000 milliards de dollars uniquement pour sauver les banques et relancer le crédit, donc sans le plan de relance de l’économie de 800 milliards de dollars

[5Courant octobre, comme on le verra, les Etats européens se mettront en effet d’accord sur un plan de sauvetage de 1700 milliards d’euros, à décliner toutefois par les gouvernements de chaque pays.

[6De l’aveu même de Tim Geithner, le nouveau secrétaire au Trésor de l’Administration Obama, lors de la présentation de la première mouture de son plan de sauvetage des banques en février 2009, les actifs détenus par les banques ont effectivement été rachetés très au-dessus de leur valeur dans le cadre du plan Paulson.

[7Cette facture sera multipliée par trois dans le cadre de la première mouture du plan de sauvetage du nouveau secrétaire au Trésor, Tim Geithner, présentée en février 2009.

[8On apprendra aussi, en février 2009, toujours lors de la présentation de la première mouture du plan Geithner, que 350 milliards du plan Paulson ont déjà été distribués aux fins de recapitaliser les banques et qu’il reste donc 350 milliards à affecter ; on apprendra de plus qu’un complément de 1500 milliards de dollars est prévu dans le nouveau plan de Geithner pour créer une structure de rachat des actifs « toxiques », laquelle sera dirigée par des gestionnaires privés.

[9En février 2009, toujours dans le cadre de la présentation de la 1ère mouture du plan Geithner, on apprendra cependant, selon un rapport au Congrès, que la traçabilité des fonds alloués demeure floue et qu’un appel est lancé au Trésor américain « pour qu’il assure plus de transparence dans la sélection des bénéficiaires » et dans l’usage réel des fonds, allusion aux bonus que les banques secourues sur fonds publics ont continué de verser à leurs dirigeants et traders.

[10Le pacte de stabilité européen prévoit qu’en principe les déficits publics des Etats de l’Union Européenne ne doivent pas dépasser 3 % du Produit intérieur brut (PIB), et que l’endettement des Etats ne doit pas excéder 60 % du PIB. Des exceptions peuvent être prévues en cas de crise, ce qui est évidemment le cas en l’occurrence. On verra cependant que les Etats européens, Allemagne en tête, s’accrocheront à ce pacte pour refuser d’augmenter les montants de leurs plans de relance (et donc leurs déficits) pour combattre la crise, comme le leur demandait l’Administration Obama, peu avant le second sommet du G20, le 2 avril à Londres.

[11Il faut rappeler qu’au moment de l’introduction de l’euro, tous les pays de la zone euro étaient placés sur un pied d’égalité en matière de taux d’intérêt sur leurs emprunts.

[12L’action UBS est même tombée à frs 7,80 en février-mars 2009.

[13Nicolas Sarkozy, président de l’Union Européenne au 2ème semestre 2008, a ainsi multiplié les appels à « refonder le capitalisme » ou à « abolir les paradis fiscaux ».

[14Ce plan de sauvetage des 3 grands de l’industrie automobile a commencé par être refusé au motif que c’était à l’économie privée d’assumer les conséquences de ses mauvais choix de gestion, et aussi parce qu’une telle aide créerait un précédent : pourquoi en effet aider CES entreprises, et non d’autres en difficulté ? On verra par la suite qu’il y a deux poids, deux mesures selon qu’il s’agit de sauver les banques (les vannes sont alors grandes ouvertes) ou l’industrie (on exige alors des conditions de restructurations draconiennes au détriment des emplois, et surtout des conditions de travail des ouvriers américains).

[15Voir en Suisse la diminution du taux de conversion du 2ème pilier.

[16En mars 2009, on estime qu’il y a désormais en Espagne 1 million de familles dont tous les membres sont au chômage.