travail et salariat

Critiquer la société capitaliste, c’est bien, réclamer un autre monde possible, c’est légitime, mais tout cela restera incantatoire si nous ne disons pas ce que cet autre monde sera.


Chronique de la crise I

De la crise des subprimes à la récession mondiale

(de juillet 2007 à août 2008

jeudi 11 juin 2009 par Eric Decarro

Ce texte fait partie d’un ensemble comprenant d’une part une chronique de la crise qui a débuté avec l’affaire des subprimes aux USA, d’autre part des interprétations théoriques éclairant les différentes phases de la crise.

A. La crise des subprime

1. Pour relancer l’économie des Etats-Unis après la crise de la « nouvelle économie » en 2001 et les attentats du 11 septembre, les autorités américaines ont décidé de réduire les taux d’intérêt. Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine, a baissé les taux d’intérêt à 1% ; cette mesure a favorisé un boom de l’investissement dans le secteur immobilier qui a largement contribué à la croissance américaine dans la période 2001- 2006. Ce boom immobilier a généré une augmentation continue de la valeur des maisons jusqu’en 2006.

2. C’est dans ce contexte que le secteur financier a développé fortement ses crédits immobiliers, en différenciant le secteur prime, destiné en principe aux catégories de la population pouvant faire face aux charges que comporte sur la durée l’achat d’une maison et le secteur subprime, destiné aux catégories pauvres de la population, parmi lesquelles le risque de défaut de paiement est élevé.

3. Le secteur subprime a connu une expansion particulièrement forte. Une armada de courtiers s’est mise à harceler ces catégories de la population avec des propositions toutes plus alléchantes que les autres, leur faisant miroiter la possibilité de réaliser « le rêve américain » selon lequel, aux Etats-Unis, « chacun peut posséder sa propre maison ».

4. C’est ainsi qu’entre 2002 et 2004, par exemple, les crédits subprime sont passés de 9% à 20 % du total des crédits hypothécaires aux Etats-Unis.

5. Les taux d’intérêt auxquels étaient soumis ces prêts étaient évidemment sensiblement supérieurs pour les emprunteurs subprime que pour ceux du secteur prime, en raison d’un plus grand risque de défaillance. Ils pouvaient atteindre selon l’apport de fonds propres, de 11 à 18 % pour le secteur subprime, contre de 3,5 à 5,5 % pour le secteur prime.

6. On a de plus appâté les catégories les plus pauvres avec des taux d’intérêt de départ alléchants, en dessous du taux d’intérêt réel. Bien loin de réduire la dette, ces taux d’intérêt l’alourdissaient. 0n était en présence d’un amortissement négatif, ce qui signifie que la dette, le principal, ne cessait d’augmenter.

7. Du coup, les emprunteurs étaient piégés : ils ne pouvaient même pas se dégager en vendant leur maison, la valeur globale du prêt tendant à grimper au-dessus de la valeur de la maison. C’est pourquoi, après la période de départ caractérisée par des taux d’intérêt appâts, une brutale correction de ces taux à la hausse s’ensuivait.

8. Les minorités noire, et dans une moindre mesure, latino américaine ont subi une discrimination particulière dans ce processus : beaucoup de ménages qui auraient pu prétendre à un prêt du secteur prime ont été soumis aux conditions du secteur subprime en raison de l’absence de filiales bancaires dans les quartiers où se concentrent les représentants de ces minorités, ou de l’agressivité des courtiers.

9. Tout ce processus a pu se poursuivre tant que le prix des maisons était à la hausse. Entre 2000 et 2006, le prix des maisons aux Etats-Unis a augmenté de 100%. Les financiers qui accordaient ces prêts étaient alors certains de rentrer dans leurs fonds en cas de défaillance de l’emprunteur. Le marché de l’immobilier apparaissait comme absolument sûr.

10. Les choses se sont évidemment gâtées au moment où les taux d’intérêt sont repartis à la hausse, en 2005 sauf erreur, piégeant tous les emprunteurs à taux variables ; au moment aussi où le prix des maisons a commencé de baisser - après une brève période de stabilisation - en 2006.

11. Le secteur financier a montré une grande créativité dans ce secteur en titrisant tous ces crédits immobiliers sous forme d’obligations. Ces obligations fondées sur des paquets de crédits hypothécaires étaient considérées comme des quasi-liquidités : elles pouvaient s’acheter et se vendre en tous temps sur le marché.

12. Les banques pouvaient ainsi créer de tels titres et vendre ensuite ces produits structurés à d’autres banques ou instituts financiers. Cela leur permettait aussi de sortir ces crédits hypothécaires de leurs bilans. Ils ne pesaient plus sur leurs fonds propres, ce qui permettait aux banques d’élargir leurs affaires. Elles ne portaient plus non plus le risque de défaut dont elles auraient été sinon porteuses pendant 10 ou 20 ans. [1]

13. Ces titres ont permis à leurs détenteurs d’engranger des rendements annuels de 10 à 11%, bien supérieurs donc au rendement des bons du Trésor américain. Les investisseurs financiers, en particulier les banques d’investissement et les hedge funds, se sont donc rués sur ces titres jusqu’à l’été 2007, au moment où la crise a éclaté.

14. Le problème, c’est que ces titres fondés sur les crédits immobiliers ont été emballés dans des « paquets » dans lesquels on avait soigneusement mélangé les titres réputés « sûrs » avec ceux qui étaient manifestement « douteux », car fondés sur les dettes contractées par la partie de la population qui n’était manifestement pas en mesure d’assurer sur la durée les charges liées à l’acquisition de leur maison et pour lesquels, par conséquent, le risque de défaut de paiement était élevé.

15. Ce mélange était censé protéger les détenteurs de ces titres contre les risques alors qu’en fait il a diffusé les risques des crédits douteux à l’ensemble des crédits accordés.

16. Le risque s’est même étendu à d’autres types de crédit, eux-mêmes « titrisés » (crédit de consommation généreusement accordés durant la période de boom, car gagés sur la valeur des maisons : crédits autos, cartes de crédit, prêt pour étudiant, etc.) et surtout à d’autres instruments financiers, car on a créé sur la base des titres initiaux des « dérivés de dérivés ».

17. Les agences de notation Standard & Poor’s, Moody et Fitch ont fortement contribué à cette ruée spéculative sur les titres fondés sur les crédits subprime. Jusqu’à l’éclatement de la crise financière, elles leur ont en effet accordé la meilleure notation, soit triple A (AAA).

18. Et ceci, pour deux raisons : les banques qui émettaient ces titres étaient leurs principales clientes et les agences avaient un intérêt direct à la poursuite de la spéculation sur ces titres. Une agence n’avait ainsi pas intérêt à déplaire à ses clients qui pouvaient se retourner vers une agence concurrente. L’attribution d’une « note » pouvait en effet procurer entre 100.000 et 300.000 euros et cette addition était entièrement à la charge de la société « notée ».
19. Le Canard Enchaîné du 17 décembre 2008 nous apprenait de plus que les trois grandes agences de notation « se partageaient un marché de 6 milliards d’euros » et réalisaient jusqu’à la crise « une marge opérationnelle (bénéfice brut rapporté aux recettes) frisant le taux fabuleux de 50 % ». Moody, par exemple, a doublé son chiffre d’affaires entre 2002 et 2006.

20. Toujours selon « le Canard Enchaîné », alors qu’aux Etats-Unis seuls quatre groupe industriels (Exxon, General Electric, Microsoft, Johnson & Johnson) peuvent se prévaloir de la note indépassable triple A, ce sont en revanche 5000 fonds, dont beaucoup étaient truffés de « titres toxiques », qui ont bénéficié depuis 2 ans de cette note maximale de la part des agences de notation. On voit donc à quel point une telle forme de régulation, le plus souvent perçue comme « neutre » dans le public, était en fait fortement biaisée par des intérêts privés.

21. Mais revenons à notre sujet : à partir de l’éclatement de la crise (juillet 2007), tous les détenteurs de ces titres fondés sur les crédits « subprime » ont été touchés. Les banques qui possédaient ces paquets de titres en portefeuille ont été plombées par ceux-ci.

22. Les choses se sont en effet sérieusement gâtées au moment du retournement de situation, marquée par l’augmentation des défauts de paiement. Les causes de ce retournement sont maintenant bien connues ; ce sont dans l’ordre : 1) la hausse des taux d’intérêt ; 2) l’enclenchement d’une tendance à la baisse du prix des maisons 3) la remontée du chômage amorcée à partir de 2006 qui a attaqué les revenus des populations concernées.

23. Avec la baisse du prix des maisons qui ne couvrait plus désormais le montant du crédit immobilier accordé, beaucoup de ménages pauvres incapables de faire face aux charges mensuelles croissantes de leur acquisition, se sont retrouvés non seulement sans toit [2] , mais avec de plus une dette résiduelle soumise à des taux rapaces (de 15% supérieurs au taux d’intérêt usuel).

24. Selon l’économiste Joseph Stiglitz, ce sont 3 millions de familles américaines qui ont d’ores et déjà été expulsées de leur logement et 2,5 millions de familles qui sont menacées de l’être en 2009. Au bout de 3 mois de non-paiement des charges mensuelles, les occupants de la maison sont menacés d’expulsion. Certaines villes ont ainsi perdu une grande partie de leurs habitants et il existe dans celles-ci des quartiers « fantômes », presque complètement dépeuplés.

25. La crise des subprimes aux Etats-Unis se traduit donc en premier lieu par une crise sociale de grande envergure, car ces millions de ménages en sont réduits à aller se loger dans des campements, sous tente ou dans des mobil home. Et il ne fait aucun doute que cette crise sociale aux Etats-Unis va s’aggraver avec la récession et la très forte montée du chômage qui surviennent dans le sillage de la crise financière.

26. On avait fait miroiter à ces populations la possibilité d’accéder au rêve américain, quel que soit leur niveau de revenu, et elles se retrouvent aujourd’hui dans une situation bien pire qu’avant l’acquisition de la maison. Ces prêts hypothécaires se sont en effet avérés un piège pour elles et les ont précipitées dans une extrême précarité.

B. Propagation de la crise financière

Les titres fondés sur les crédits subprime deviennent illiquides ; d’autres instrument financiers sont contaminés ; les grandes banques procèdent à des dépréciations massives d’actifs ; grippage du crédit interbancaire ; contraction du crédit aux ménages et aux entreprises
Comment s’est développée la crise financière après l’éclatement de la crise des subprimes en été 2007 ?

27. A partir du retournement de la situation, plus personne ne voulait acheter les titres basés sur ces crédits immobiliers. Il n’y avait plus de marché pour eux, ils étaient devenus totalement illiquides.

28. Toutes les banques qui détenaient de ces titres, en particulier les grandes banques mondiales ont dû procéder à des amortissements massifs. Toutes celles qui n’ont pas réduit leur position au moment des premiers signes de montée des risques, c’est-à-dire au printemps 2007, ont été piégées par l’éclatement soudain de la crise en juillet 2007. Plus moyen pour elles, alors, de se défaire de ces titres.

29. C’est ainsi que l’Union de Banques Suisse, par exemple, a dû procéder à des dépréciations de valeurs d’environ 50 milliards de frs et se recapitaliser début 2008 à hauteur de 40 milliards de frs. Le cours du titre UBS est tombé en quelques mois de 71 frs à 12 frs à son niveau le plus bas en 2008. [3].

30. Cela n’a pas empêché l’UBS de distribuer 12 milliards de bonus à ses cadres dirigeants et traders à fin 2007, au moment où la gravité de la crise était désormais connue, quoique encore sous-estimée.

31. En mars 2008, c’est le gouvernement américain qui doit intervenir en catastrophe pour organiser la reprise par JP Morgan Chase, pour une somme symbolique, de la banque d’affaires Bear Stearns, plombée par la crise des subprime et menacée de faillite. Il y est contraint car Bear Stearns fait peser un gros risque sur la communauté financière internationale : la banque d’affaires américaine se retrouve en effet avec une position globale sur dérivés de crédits de 13.400 milliards de dollars [4] !

32. La gravité de la crise financière est désormais reconnue : au printemps 2008, dans une première évaluation, le Fonds Monétaire International (FMI) estimait que les pertes, donc la destruction de capital, due à la crise des subprimes pourraient s’élever à 975 milliards de dollars. Il corrigera ce chiffre à fin 2008 pour le porter à 1400 milliards de dollars. [5]

33. Cette situation a eu pour conséquence un durcissement des conditions d’octroi du crédit de la part des banques aux entreprises ou aux particuliers (demandes de garanties, volume du crédit, délai de remboursement).

34. Le financement de projets tout à fait rationnels dans un environnement normal était désormais considéré par les banquiers comme parfaitement « aventureux » dans ce contexte de crise.

35. Surtout, cela a débouché sur une forte hausse du taux d’intérêt pour les crédits interbancaires, la méfiance entre banques étant désormais de rigueur dans ce contexte de crise. A partir de l’éclatement de celle-ci, toutes se sont suspectées (et continuent de se suspecter à fin 2008) de détenir des masses de crédits « toxiques » dans leurs portefeuilles. Il en résulte un grippage du système bancaire ; or, dans ce système, les crédits interbancaires sont indispensables pour fluidifier le système financier, et financer l’économie en général.

36. Cette situation assèche le crédit aux entreprises et aux particuliers qui ne parviennent plus à financer leurs investissements pour les premières, leurs projets de consommation pour les seconds.

37. Le grippage du crédit interbancaire - qui s’est même figé suite à la faillite de Lehman Brothers, en septembre - est ainsi l’un des vecteurs essentiels de transmission de la crise financière au secteur de production des biens et services, et donc de la récession.

38. Le premier enseignement qu’on peut tirer de cette crise des subprimes, c’est qu’elle consacre l’échec du capitalisme de tenter de résoudre par l’endettement (des particuliers, des entreprises ou de l’Etat), l’une de ses contradictions principales, à savoir :
- celle entre le développement des forces productives quasiment sans limites, comme s’il n’y avait pas de bornes à la capacité d’absorption par le marché des biens et services produits,
- et la capacité de consommation réduite des larges masses avec les tendances à la régression sociale, à la montée de la pauvreté et à l’écrasement des salaires comparativement aux profits qu’on connaît depuis une trentaine d’années dans les pays industrialisés.

C. Premier semestre 2008

La spéculation amplifie la crise : pétrole, matières premières, produits agricoles, les prix flambent

Voyons maintenant comment s’est développée la crise durant le premier semestre 2008 :

39. Durant cette première moitié de 2008, en gros jusqu’à mi-juillet, la bourse de Wall Street, et à sa suite les bourses du monde entier ont affiché une tendance assez nette à la baisse, marquée de plus par une très grande volatilité et des mouvements de yo-yo : chute, envolée, rechute.

40. Les bourses reflétaient la dégradation de la situation économique générée par la crise des subprimes et leurs anticipations d’une baisse des profits des entreprises dans ce contexte.

41. Les investisseurs se sont donc repliés sur les marchés du pétrole, des matières premières et des produits agricoles de base qui offraient encore des perspectives de rentabilité importantes. Des masses de capitaux étaient en effet en quête de débouchés profitables dans cet environnement marqué par la crise financière.

42. Il faut bien voir que le pétrole, les matières premières ou les produits agricoles sont désormais des « actifs financiers » comme tout autre, sur lesquels on peut gagner beaucoup d’argent. Toutes les barrières qui entravaient la spéculation sur les matières premières ou les produits agricoles ont en effet été levées. Et ce sont les cours mondiaux qui déterminent fondamentalement les prix locaux.

43. Dans leur grande majorité les achats et les ventes sur ces marchés ne correspondent en aucune manière à des échanges réels, physiques, de marchandises. Il existe ainsi des contrats de « futures » qui permettent de poser une option sur le prix d’une matière première ou d’un indice regroupant plusieurs matières premières à une échéance plus ou moins longue. Ce sont des produits dérivés.

44. Pour le pétrole, il se négociait ainsi en juin 2008 des contrats d’achat pour 2016, et sur ces marchés, il se traitait des contrats à terme représentant 36 fois le volume physique de pétrole réellement échangé, soit 35 dollars d’achats à terme purement spéculatifs pour 1 dollar de pétrole physique.

45. Résultat : Toute cette spéculation a fait monter en flèche le prix du pétrole, de toutes les matières premières et des produits agricoles jusqu’à mi-juillet 2008 :
- Le 11 juillet, le pétrole a atteint son pic à 147 dollars le baril,
- le riz a triplé en un an,
- le blé a augmenté de 50% durant la même période,
- le maïs de 200%.

46. Bien entendu, ce ne sont pas les petits producteurs (petits paysans, par exemple) qui ont profité de ces augmentations de prix des matières premières et produits agricoles. Ce sont avant tout les multinationales et les intermédiaires commerciaux. Quand les cours sont à la hausse, l’augmentation des prix est captée par ces derniers sous forme de profits extraordinaires, quand ils sont à la baisse, les petits producteurs sont encore plus pressurés par les intermédiaires.

47. Toute cette spéculation reposait sur l’idée d’un « découplage » entre l’activité économique en Europe et en Amérique du Nord et celle des pays émergents, Chine et Inde en tête, gros consommateurs de matières premières ; on pensait que la récession ne toucherait pas – ou seulement marginalement – les pays émergents.

48. On s’attendait donc à ce que ces derniers continuent de croître à un rythme élevé, contribuant ainsi à maintenir une demande soutenue de pétrole et de matières premières au plan mondial. On voyait alors dans les pays émergents le point d’appui qui allait permettre un retour de la croissance dans les pays industrialisés, après une brève phase de recul conjoncturel.

Résultat : aggravation de la crise alimentaire et émeutes de la faim

49. L’un des résultats de cette spéculation massive - véritablement criminelle, mais tout à fait emblématique du capitalisme à son stade actuel - a été d’aggraver la crise alimentaire mondiale. La contradiction entre la logique du profit et les besoins des populations atteint ici son comble.

50. Les effets de cette flambée des prix agricoles ont été dramatiques pour les populations des pays pauvres qui consacrent de 60 à 80% de leur revenu à l’alimentation.

51. Des émeutes de la faim ont alors éclaté dans une quarantaine de pays et l’agence spécialisée des Nations Unies, la FAO (Food Agricultural Organisation), a annoncé que 100 millions de personnes supplémentaires dans le monde allaient souffrir de la faim, portant leur nombre total à 1 milliard d’êtres humains.

52. Cette situation a évidemment été aggravée par le développement des agro-carburants au détriment des cultures vivrières, qui a provoqué lui-aussi des hausses massives de certaines céréales.

D. juin-début juillet 2008

On approche du pic de flambée des prix. L’inflation considérée comme principale menace pour l’économie mondiale

53. En juin-juillet, on pouvait lire les titres suivants dans le Monde : « Le pétrole touche son sommet historique, enflamme l’inflation et mine l’économie mondiale ».
Ou encore : « subprimes, pétrole, immobilier, le triple choc qui secoue les places boursières ».

54. Début juillet, de nombreux pétroliers attendent ainsi dans la rade des ports étatsuniens que les cours continuent de monter pour livrer leur cargaison. Des experts voient en effet le pétrole monter à 200 dollars le baril.

55. C’est donc, à ce moment-là, l’inflation générée par la flambée du pétrole et des matières premières qui inquiète au premier chef les gouvernements, comme les investisseurs. Tous partent de l’idée que la croissance se poursuivra ; certes, celle-ci sera ralentie par cette flambée du prix, mais croissance il y aura, il n’y a aucun doute là-dessus.

56. On parle alors de « stagflation », soit une conjonction de « croissance molle » et d’une « inflation incontrôlable » liée à la flambée des cours de l’énergie et des matières premières. Il faut dire que la flambée des produits agricoles et les émeutes de la faim ont de quoi inquiéter les gouvernements. Le G8 réuni au Japon début juillet 2008 s’en fait l’écho.

57. Le président du FMI, Dominique Strauss-Kahn, résume comme suit le sentiment du moment : « la question de la croissance est secondaire, c’est l’inflation qu’il faut contrôler en toute priorité ». Il déclare aussi : « le ralentissement aux Etats-Unis sera moins fort que prévu » ou encore « la croissance est certes une question importante, mais l’inflation est probablement aujourd’hui la plus grande menace pour l’économie mondiale ».

58. La Banque centrale européenne (BCE), dont le mandat consiste à défendre la stabilité des prix, est alors sur la même longueur d’ondes : début juillet, Jean-Claude Trichet, président de la BCE, annonce ainsi une augmentation de son taux d’intérêt directeur de 4 à 4,25 % pour combattre l’inflation, considérée par cette institution comme le principal danger pour l’économie.

59. Fin juin, les analystes de Paribas assurent « qu’il n’y a plus de récession aux Etats-Unis ». C’est aussi à ce moment-là que le gouverneur de la Banque de France, Bernard Noyer, déclare : « le plus gros de la crise est derrière nous ». Quant aux experts, en Suisse, ils se disputent pour savoir si la croissance 2009 sera de 1,5 ou de 1,3 % seulement.

60. Tous ces analystes et économistes – complètement immergés dans le système - semblent alors prendre leurs désirs pour des réalités. Ils ne mesurent nullement la profondeur de la crise en cours et paraissent avoir complètement oublié les craintes d’une aggravation de la situation économique qu’ils avaient exprimées début 2008. Ils adoptent alors un point de vue unilatéral, obnubilés qu’ils sont par le danger d’inflation et ne voient pas – ou ne veulent pas voir – la récession mondiale qui s’annonce.

61. A leur décharge, c’est un fait que durant cette période, le choc pétrolier et la flambée du prix des matières premières, combinés à la crise financière et immobilière, ont contribué eux-aussi à la dégradation de la situation économique.

62. Début juillet, les entreprises sont en effet prises en étau entre la forte augmentation de leurs coûts de production et le recul de la demande. Leurs profits sont sous pression. Elles doivent faire face simultanément :
- à l’augmentation du prix des matières premières
- à la hausse du prix de transport de toutes les marchandises
- au renchérissement du crédit
- à la chute de la demande, en raison de l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat des populations et de la montée du chômage qui attaque les revenus des salarié-e-s.

63. D’où les difficultés qu’ont éprouvées les entreprises pour répercuter la hausse de leurs coûts sur le prix de leurs produits. A une exception, au moins, celle de l’industrie alimentaire qui dispose de méthodes spécifiques dans ce but : nouveaux emballages, réduction du poids des produits, introduction d’ingrédients moins chers, tout cela pour un prix identique. En France, par exemple, le poids des produits Tam Tam est passé de 125 grammes à 100 grammes, prix inchangé, tandis que dans plusieurs produits, le sucre a été remplacé par des édulcorants.

64. L’industrie automobile, quant à elle, a été particulièrement touchée par la flambée du prix de l’acier ; et cela, au moment même où la hausse spectaculaire du prix de l’essence se répercutait de manière négative sur la vente de voitures (en particulier les modèles gourmands en carburant) ; au moment aussi où les constructeurs automobiles devaient faire face aux effets des restrictions du crédit dûes à la crise financière (en France, 70 % des automobiles sont achetées à crédit).

65. Le prix de l’acier a en effet doublé en 6 mois. C’est pourquoi les grands sidérurgistes, comme Arcelor-Mittal, tentent alors de négocier avec les constructeurs automobiles la révision de leurs contrats d’approvisionnements annuels. Et ils le font en position de force : « c’est à prendre ou à laisser ». On le voit, dans cette crise, on ne se fait pas de cadeaux entre capitalistes.

E. Juin-juillet 2008 (suite) :

Premiers signes de récession

66. Les premiers signes de la récession qui s’annonce au plan mondial commencent à tomber en juin-juillet 2008. Ils sont pourtant ignorés, ou fortement sous-estimés, tant par les autorités monétaires (FMI, Banque Centrale Européenne) que par les experts financiers, on l’a vu.

Fin juin

- Imperial Tobacco annonce 2240 suppressions d’emplois.
- La santé financière des constructeurs automobiles américains Chrysler et General Motors affole les marchés financiers. On annonce de plus une aggravation de la situation économique aux Etats-Unis où la crise financière s’accentue.
- En Espagne, le gouvernement annonce une forte « décélération » de l’économie. Il envisage d’y répondre par des mesures d’austérité (réduction de 70% des offres d’emploi dans le secteur public et réduction des dépenses courantes). Il envisage d’autre part une poursuite de sa politique de privatisation des aéroports.

67. Toujours fin juin, on apprend que le Japon est contaminé par ce qu’on appelle encore pudiquement « le ralentissement mondial ». Demande intérieure, investissements, exportations surtout, tous ces éléments sont en recul dès le 2ème trimestre 2008.

68. Les exportations du Japon vers les Etats-Unis ont en effet chuté pour le 9ème mois consécutif, et de 10% environ sur un mois. Sur l’ensemble du 2ème trimestre, le recul des ventes vers les Etats-Unis (-15,4 %) et celles vers l’Europe (-11,2 %) témoignent du ralentissement de l’activité dans ces deux dernières régions et de leur impact sur le commerce international.

69. Les perspectives du Japon ne sont donc guère encourageantes, avec de plus des prévisions de ralentissement de l’activité en Chine et dans les autres pays émergents.

70. En fait, dans la zone Pacifique, les échanges entre les grands pays exportateurs d’Asie (Chine, Japon en tête) et les Etats-Unis ont été touchés dès fin 2007-début 2008. Le trafic maritime dans cette zone a ainsi régressé de 15 % dès les premiers mois de 2008, tout comme le trafic aérien (fret et passagers).

Juillet

- début juillet, Siemens annonce le licenciement de 17.000 salariés.
- Début juillet toujours, on apprend que la production industrielle allemande a affiché un fort recul en mai (- 2,4 % sur un mois).
- Courant juillet, les avertissements sur résultat des entreprises se multiplient. En Europe, de nombreuses entreprises préviennent qu’elles n’atteindront pas les résultats prévus.
- Fin juillet, Renault annonce 5 000 suppressions d’emplois.

F. Juillet-août 2008 : la menace d’une récession mondiale se précise

Retournement des marchés de matières premières ; l’inflation régresse rapidement ; le dollar remonte ; priorité désormais à la lutte contre la récession

71. Ce n’est que le 10 juillet que les marchés financiers et les gouvernements commencent à reconnaître la récession comme danger principal. C’est en effet à peu près à cette date qu’un retournement à la baisse se produit sur les marchés du pétrole et des matières premières, et que le dollar commence à remonter.

72. Pendant ce temps, la crise financière suit son cours et affecte aussi de son côté l’économie mondiale. Le 10 juillet, dans un excellent article paru dans Le Monde, Claire Gatinois décrit comme suit les mécanismes de transmission de la crise financière vers les activités productives :
crise des subprime = produits titrisés désertés = banques détenant de tels titres toxiques dans leur portefeuille obligées de réviser sans cesse le prix de leurs actifs à la baisse = renchérissement en réaction du coût du crédit = la dette des ménages (et des entreprises) s’alourdit = les ménages consomment moins (et les entreprises réduisent leurs investissements). C’est un cercle vicieux.

73. Quand il s’est avéré que la demande de pétrole et de matières premières des pays émergents, comme la Chine et l’Inde, par exemple, régressait elle-aussi et qu’il n’y avait plus de « découplage » qui tienne, au moment aussi où les signaux de récession se sont multipliés dans les pays industrialisés eux-mêmes et qu’il n’était plus possible de nier la profondeur et la gravité du processus de récession en marche, les marchés du pétrole et des matières premières se sont tout à coup retournés, et la spirale à la baisse s’est engagée.

74. Dans le même moment, aux alentours du 15 juillet, le dollar, baissier jusqu’alors durant toute cette période du 1er semestre 2008, a commencé à remonter. Le dollar est en effet corrélé négativement au pétrole : lorsque le cours du baril monte, le dollar baisse et inversément. Je reviendrai sur les causes spécifiques de ce rebond du dollar qui a fortement contribué à un autre point d’entrée de cette crise financière dans les économies de nombreux pays, à savoir la crise sur le marché des changes.

75. Pour l’instant, on se bornera à signaler que la baisse du dollar intervenue durant le 1er semestre 2008 a contribué à atténuer, dans un 1er temps, les tendances récessives aux Etats-Unis, en favorisant leurs exportations et en transférant leurs difficultés sur les autres pays industrialisés d’Europe et du Japon. On examinera plus tard les causes spécifiques – liées à la crise financière mondiale- de la remontée du dollar engagée à partir de mi-juillet et qui va perdurer plusieurs mois.

76. Début août, on annonce ainsi que le cours du pétrole est déjà retombé à 118 dollar le baril, soit une diminution d’environ 20 % par rapport à son pic du 11 juillet (147 dollar).

77. Beaucoup, comme le président de la Banque de France, Noyer, veulent voir dans ce retournement de tendance le « joker » qui va sauver l’économie mondiale et prévenir une récession, voire même relancer la croissance mondiale en réduisant fortement l’inflation (la hausse des prix), cassant ainsi la tendance à la hausse des coûts de production des entreprise et les effets de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat des ménages.

78. On n’oublie qu’une chose : c’est que c’est la crise qui marque de son empreinte tous les phénomènes, y compris lorsque ceux-ci passent d’un extrême (inflation) à l’autre (déflation). La crise est en effet l’expression des contradictions de fond du capitalisme et les forces qui sont à l’oeuvre continuent d’agir et de pousser à la résolution des antagonismes qui sont au cœur de la crise. A ce stade du processus, ce n’est donc pas un retournement des marchés cassant la flambée des cours qui va changer le cours des choses et résorber cette crise. Au contraire, la chute des cours reflète l’aggravation de la récession et son extension au niveau mondial.

79. C’est pourquoi, à la grande surprise de la plupart des économistes et autres experts financiers, la baisse du cours du pétrole et des matières premières, à première vue un phénomène positif, va développer des effets pervers, et conduire de fait à un approfondissement de la crise, par ses effets cette fois déflationnistes.

80. En l’occurrence, ce retournement des marchés engendre une tendance à la déflation, à la baisse générale des prix, dont les effets sur les économies peuvent s’avérer tout aussi dangereux que ceux de l’inflation : qui dit tendance à la baisse des prix, dit en effet retenue des entreprises devant l’investissement, alourdissement des dettes des entreprises, des Etats et des ménages, retenues aussi de ces derniers devant la consommation et finalement, tendance à la baisse des salaires et des revenus. Cela peut déboucher sur un cercle vicieux tout à fait redoutable.

81. J’y reviendrai plus longuement par la suite, car à fin 2008, ce sont bien ces risques de déflation que les autorités monétaires ont fini par considérer comme le danger principal ; elles ont ainsi adopté une panoplie de mesures [6] qui risquent de déboucher, selon l’évolution des choses, sur l’extrême inverse, à savoir une hyperinflation en cas de reprise.

82. Dans l’immédiat, le retournement des marchés de l’énergie et des matières premières revient tel un boomerang sur les pays producteurs de matières premières, de pétrole ou de gaz naturel qui ont profité de la flambée des cours du premier semestre ; un processus de réduction des recettes s’enclenche qui dure encore fin décembre 2008 et menace les budgets sociaux de plusieurs pays comme le Venezuela, l’Angola, la Lybie, le Nigeria, l’Algérie, pour ne pas parler de la Russie ou des pays du Golfe. L’Afrique noire sera aussi touchée en raison de l’abandon de projets d’investissement des multinationales dans les secteurs d’extraction des matières premières, et de leurs effets sur l’emploi ou les recettes budgétaires des Etats concernés.

G. La spirale récessionniste

Fin juillet-août 2008 : La spirale récessionniste est désormais enclenchée

Recul des carnets de commande, de la production industrielle, des exportations ; investissements en berne ; contraction des économies de la zone euro

83. En août 2008, il y a toujours une double menace, récession d’une part et inflation de l’autre car les prix du pétrole et des matières premières – quoique tendanciellement en baisse - demeurent élevés. En outre, la baisse ne déploye ses effets qu’avec un décalage dans le temps. Les coûts de production et de transport subissent donc encore de plein fouet les hausses des mois précédents, mais la récession commence à devenir clairement le facteur prédominant et le deviendra de plus en plus dans ce 2ème semestre 2008.

84. Les signes de récession se multiplient désormais :
- Fin juillet, on apprend que la crise immobilière et financière en Espagne casse la croissance et relance le chômage. La construction, moteur du boom économique espagnol en ce début de 21ème siècle, est en pleine crise. Son effondrement fait craindre une spirale récessionniste. Les banques, confrontées à des difficultés croissantes, refusent ou bloquent le financement des projets des promoteurs. On parle d’un million de logements vides en Espagne, tandis que les familles qui n’ont pas les moyens d’acheter leur appartement doivent s’entasser dans des appartements trop petits. Et même lorsqu’elles veulent acheter, elles ne trouvent plus de financement auprès des banques, compte tenu de la montée du chômage.
- Début août, l’industrie allemande annonce une baisse des commandes en juillet de 2,9 %, soit nettement plus importante que prévu, et de 4,1 % au deuxième trimestre 2008 par rapport au premier trimestre.
- En août, on nous informe qu’après Wall Street, c’est désormais la place de Londres, qui déprime après un an de crise : près de 40.000 employé-e-s de la City pourraient ainsi perdre leur emploi fin 2008-début 2009.
- A mi-août, on annonce que l’économie de la zone euro s’est contractée au 2ème trimestre sur fond de ralentissement mondial et de flambée des prix de l’énergie et des matières premières : la consommation est ralentie, plombée par l’inflation ; les investissements sont en berne, suite au coup de froid sur l’industrie automobile et le recul des carnets de commande en Allemagne. Quant aux exportations européennes, elles régressent, en particulier vers les Etats-Unis et le Japon.
- Fin août, d’autres nouvelles confirment ces sombres perspectives : les cinq principales économies européennes, à savoir Allemagne, France, Italie, Grande-Bretagne, Espagne montrent des signes de récession.
- En Suisse, plusieurs fabricants de machines et équipementiers automobiles annoncent des suppressions de postes : Rieter (automobile et machines textile), Oerlikon groupe technologique, Schweiter (machines), Tecan. Ce sont toutes des entreprises travaillant pour le marché mondial. Les filatures en Asie ont réduit drastiquement leurs investissements, frappant l’activité de Rieter par exemple. Avec cet exemple, on subodore que les pays émergents comme la Chine vont être eux-aussi touchés par la crise, s’ils ne le sont pas déjà à travers leurs industries d’exportation.

Dans la 2ème partie, je tenterai de mettre en évidence les moments forts du développement de la crise lors du 2ème semestre 2008, à partir du retournement de tendance sur les marchés des matières premières et du pétrole (début juillet) ; dès septembre, avec la faillite de Lehman Brothers, la crise financière prend une tournure dramatique aux Etats-Unis et ébranle le système financier mondial ; les banques européennes ne tardent pas à être touchées ; cette aggravation de la crise financière se répercute violemment sur l’économie mondiale : tous les pays, tous les secteurs et la plupart des entreprises sont durement frappés durant le 4ème trimestre 2008 ; la récession, désormais généralisée, menace de se transformer en dépression mondiale.
L’aggravation de la crise financière débouche de plus sur une crise des changes qui se traduit par une chute des monnaies dans de nombreux pays qui n’avaient absolument rien à voir avec la crise des subprime aux Etats-Unis. C’est par le biais de cette crise des changes que les pays d’Europe Centrale et de l’Est, vont être précipités dans une violente récession ; La dévalorisation de leur monnaie – fortement amplifiée par la spéculation – les contraindra en effet à solliciter des prêts du FMI et à mettre en œuvre, sous la pression de ce dernier, des politiques d’austérités drastiques au détriment des conditions de vie de leurs populations.
J’examinerai aussi dans cette seconde partie le contenu des plans échafaudés par les Etats pour sauver le système financier mondial à coup de milliards, renflouer leurs banques et tenter de juguler cette crise. On aura l’occasion d’examiner sous ce point les contradictions qui se développent au sein des classes dominantes sur les politiques à mettre en œuvre pour combattre la crise. Les keynésiens sont évidemment favorable à une intervention énergique de l’Etat, tandis que les partisans du néo-libéralisme, désormais pris à contre-pied par la crise, font contre mauvaise fortune bon cœur : ils considèrent l’intervention de l’Etat comme un mal nécessaire car il faut en toute priorité sauver le système mondial. Mais ils commencent à contre-attaquer en attribuant la responsabilité de la crise non aux marchés financiers et à leurs excès, mais à l’Etat, et singulièrement à la Réserve fédérale américaine, accusée d’avoir provoqué cette crise en baissant de manière déraisonnable ses taux d’intérêt ; les néo-libéraux, soutenus par l’oligarchie financière, prennent de plus position contre toute tentative de réguler par des lois le système financier arguant que cela menacerait la flexibilité et la liberté des marchés financiers, et agitent aux Etats-Unis l’épouvantail du « socialisme » pour s’opposer à toute tentative de nationaliser les banques. On verra aussi comment la crise économique et la crise sociale se développent dans tous les pays.

[1Voir Frédéric Lordon : « Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières » (Raison d’Agir). Il s’agit d’une excellente description – doublée d’une critique très incisive - des mécanismes à l’origine de la crise des subprime.

[2Au bout de 3 mois de défaut de paiement des charges liées à l’acquisition de la maison, les créanciers peuvent exiger l’expulsion de ses habitants.

[3Il descendra même à frs 7,80 au cours du 1er trimestre 2009

[4Voir Frédéric Lordon, ouvrage cité.

[5Ce chiffre sera constamment revu à la hausse : c’est ainsi qu’en avril 2009, le FMI évaluait désormais à 4400 milliards de dollars les pertes globales du secteur financier depuis l’éclatement de la crise des subprime.

[6Injection massive de liquidités dans le système financier, taux d’intérêt zéro, plans de sauvetage des banques ou de relance économique à coup de centaines, voire de milliers de milliards de dollars ; toutes ces mesures débouchent sur un endettement massif des Etats ; tous vont devoir lever des fonds sur les marchés financiers : « il y a de la dette partout » dit un analyste ; tout cela, selon lui, risque de déboucher sur une nouvelle bulle financière basée cette fois sur les obligations d’Etat.